Maintenir une Sécurité sociale forte en France
Humanité Quotidien
2 Mars, 2012
Quelle protection sociale ?
Par Bernard Lamirand, animateur du comité national
d’honneur Ambroise-Croizat.
Le financement de la protection sociale est une dépense utile pour la société. En 1945, la première grande mesure que prit le gouvernement de la France
libre fut de décider l’ordonnance créant la Sécurité sociale, s’inspirant du programme du Conseil national de la Résistance. C’est à un communiste et syndicaliste de la CGT, Ambroise Croizat,
que revint l’honneur de la mettre en place dans tout le pays à partir de 1946 lorsqu’il fut ministre de la Sécurité sociale. Le pays sortait de la guerre, ruiné, démoli : il fallait donc se
donner les moyens d’une véritable protection sociale. C’est par un financement solidaire, par la cotisation du salarié et de son entreprise, que les moyens furent dégagés immédiatement pour
payer les premières prestations de retraites, d’allocations familiales et de maladie. L’impôt fut rejeté car il aurait exempté le patronat et les profits. À cette époque, déjà, certains
préconisaient l’impôt plutôt que la cotisation en s’inspirant du modèle Beveridge en Angleterre. Une partie de la richesse créée revenait ainsi aux salariés pour assurer leur protection
sociale. C’est ce système qui a permis que la France soit dotée de la meilleure protection sociale au monde. Ce financement solidaire a été combattu par le patronat qui le considère toujours
comme une charge à se défaire pour augmenter ses profits. D’où les exonérations de cotisations qui représentent près de 30 milliards chaque année et qui seraient utiles pour un financement
complet des assurés(e)s. De même, financer mieux des dépenses utiles comme celles de la protection sociale est possible quand on sait ce que coûtent les dépenses du capital : en 2009,
260 milliards d’euros ont été consacrés aux prestations sociales comme dépenses utiles alors que 236 milliards d’euros ont été dilapidés en dividendes et 324 milliards d’euros en intérêts
bancaires (source : comptes de la nation Insee). Le coût du capital coûte donc cher et limite la dépense sociale utile aux populations. La mise en place d’une TVA dite sociale remplaçant la
cotisation dite patronale concernant les allocations familiales amorce un processus visant à exonérer totalement l’employeur de toutes cotisations et à la remplacer par l’impôt. Cela ne peut
qu’engendrer du recul social et la crise. Le Parti communiste et le Front de gauche vont à l’opposé de ce recul social et de ce démantèlement de la Sécurité sociale que Sarkozy veut
imposer.
La protection sociale doit être un des piliers essentiels du redressement du pays et cela passe par un financement solidaire, par celui des entreprises
qu’il faut revoir par des moyens financiers accrus grâce à l’augmentation de cotisations patronales modulées et une cotisation additionnelle sur les revenus financiers des entreprises et des
banques. Le gouvernement a trouvé de l’argent pour soutenir les banques, il doit trouver de l’argent, en puisant dans les profits financiers pour la protection sociale. C’est à ce prix que l’on
maintiendra, en France, une Sécurité sociale forte, celle que nos aînés ont construite à partir du programme du Conseil national de la Résistance. Le financement de la protection sociale est
une dépense utile, il est créateur de richesses par la réponse aux besoins des assurés, des malades, des familles. Il est donc décisif pour que la France sorte de la crise et retrouve
croissance et emploi.
Bernard Lamirand
Publicité
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)