Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Société - Article paru le 17 février 2010 dans l'Humanité

 

Loppsi II : Réprimer plus, mais pour moins cher

Attribution de nouvelles compétences aux polices municipales et à des sociétés de sécurité privées : l’État poursuit son désengagement et invente une police « sans policiers ».


Jusqu’à présent les policiers municipaux n’avaient pas le pouvoir de rédiger de procès-verbal, de procéder à des contrôles d’identité ou de participer à une enquête. Avec Loppsi, les choses changent. En leur accordant le statut « APJ 20 », comme le prévoit le texte, on leur donne « les mêmes pouvoirs qu’aux agents de la police nationale », résume Timothé Artale, du syndicat de police Unité. Explication : avec la RGPP, la police nationale va perdre 10000 postes d’ici à 2010. « Elle sera donc moins sur le terrain, alors que la délinquance augmente », détaille-t-il. Conclusion : en transférant les compétences de la police nationale sur la police municipale (qui ne dispose par ailleurs ni de la même formation, ni des mêmes organismes de contrôle), on transfère également la facture aux municipalités. Résultat : moins de frais pour l’État, des effectifs qui varient en fonction des moyens des collectivités. Et une police municipale qui se détourne de sa mission de proximité. Loppsi, c’est un pas de plus dans le désengagement de l’État. À la charge des collectivités. Mais pas seulement. Pas à pas, c’est aussi la sécurité privée qui gagne du terrain sur des missions jusqu’alors exclusivement réservées à des prestataires publics. « Tout a commencé en 2001, après le 11 septembre, avec le marché de la sécurité aéroportuaire, passé de la police au privé avec un budget de 300 millions d’euros », rappelle Patrick Haas, rédacteur en chef d’En toute sécurité, magazine de l’information stratégique, économique et financière du marché de la sécurité privée. Pour lui, rien de bien neuf dans Loppsi. « Ce n’est que la poursuite de la délégation à des sociétés privées de prestations jusque-là affectées à des sociétés publiques : Nicolas Sarkozy a donné comme consigne générale de se passer de policiers, pour que cela coûte moins cher, alors pas mal de personnes planchent sur de futures réformes. »

Dans les cartons des ministères, selon l’expert, plusieurs réformes visent à déléguer au privé de nouveaux secteurs : « Le transport de détenus, comme c’est déjà le cas dans les pays anglo-saxons, l’expulsion de clandestins, la surveillance de scènes de crime, ou encore celle des infractions au code de la route, comme c’est déjà le cas dans plusieurs pays européens. » En tout, 5000 sociétés de sécurité, dont quelques géants (Securitas, Neo Security, Seris ou Samtic) se partagent un budget qui tournait en 2008 « aux alentours de 19 milliards d’euros, dont 3 milliards d’euros pour le gardiennage ».

Anne Roy

Publicité
Tag(s) : #Politique
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :