Article paru dans La Marseillaise du mercredi 17 février 2010
« La capitalisation est à la fois un leurre social et une ineptie politique. Ce système a conduit des millions de retraités dans le« La capitalisation est à la fois un leurre
social et une ineptie politique. Ce système a conduit des millions de retraités dans le Monde au bord de la pauvreté. » Photo RT
Pour Mijo Isabey et Eric Aubin, les spécialistes « Retraite » de la CGT, il est devenu urgent de
sécuriser le système français des retraites. Un système par répartition qui a fait ses preuves en pleine crise économique face aux systèmes capitalistiques à l’américaine.
« Il faut en finir avec la remise en cause permanente de notre système de retraites français par
répartition solidaire. Non seulement il assume depuis des décennies la pérennité de l’après travail pour le plus grand nombre, mais il faut noter que lors des périodes de crise
économique il s’est montré largement supérieur aux systèmes par capitalisation à l’américaine. La capitalisation est à la fois un leurre social et une ineptie politique. Ce
système a conduit des millions de retraités dans le Monde au bord de la pauvreté. Il est évident que lorsque les groupes bancaires et les groupes d’assurance se retrouvent aux
frontières de la faillite, leurs clients et assurés paient comptant les dégâts. Ils seront toujours les premières victimes. Pour la CGT il faut donc non seulement préserver le
système français actuel, mais aussi le renforcer financièrement par une nouvelle politique fiscale de l’état vis à vis des entreprises. »
A peine sorti du Palais de l’Elysée où il a participé aux travaux du sommet social voulu par le Président Sarkozy, Eric Aubin, économiste et spécialiste des retraites pour la
CGT, ne mâche pas ses mots. Pour lui il est évident que le gouvernement cherche à créer de l’agitation autour des retraites afin de mieux faire admettre ses projets de réforme
dans les prochains mois. Et que le patronat veut saisir l’occasion pour se défausser sur les travailleurs dès lors qu’il s’agit de nouveaux taux de fiscalité-retraite. Un sujet
que sa collègue Mijo Isabey, conseillère technique retraite CGT, développe en argumentant autour des nouvelles propositions de son syndicat.
« La retraite pour tous à taux plein n’est pas un mythe quoi que laissent entendre régulièrement le patronat et le gouvernement. Au contraire. C’est un objectif cohérent. Mais
il nécessite une volonté politique appuyée sur une analyse différente des besoins. Notamment par une fiscalité plus juste, plus citoyenne. Attention, il ne s’agit pas pour nous
de taxer toutes les entreprises aveuglement. Non, il faut faire le distingo entre celles qui font des profits mais qui pérennisent l’emploi ou le développent, et celles qui font
d’énormes profits mais qui usent et abusent du licenciement boursier et de la délocalisation. Ces entreprises là doivent se voir réclamer une contribution importante en faveur
des caisses de retraites. La seule application de ce principe citoyen sur l’assiette patronale permettrait de combler déjà 50% des besoins. Ce n’est pas rien ! »
Autre sujet de réflexion pour la CGT, la retraite à taux plein pour les jeunes qui entrent désormais bien plus tard que leurs parents dans la vie professionnelle. Quelque chose
comme une bombe sociale à retardement dont le gouvernement ne semble pas réellement prendre la juste mesure. Mijo Isabey voit ici une urgence absolue.
« Depuis plusieurs années déjà les jeunes, même diplomés et formés, connaissent les pires difficultés pour accéder à un premier emploi. Et de fait ils entament leur carrière
professionnelle de plus en plus tard. Comment alors imaginer qu’ils puissent avoir leur quarante années de cotisation à soixante ans ? Impossible. La CGT propose que l’on prenne
désormais en compte non seulement les années d’étude et de formation, mais aussi les périodes de précarité ou de recherche d’emploi. Si cela ne se fait pas il sera totalement
utopique pour une jeune entrant dans le monde du travail autour de 28 ou 30 ans d’obtenir son quota d’annuités de cotisation à l’âge légal de la retraite. »
Mijo Isabey développe également un autre argument social côté cotisations salariales. Avec le mise en évidence d’autres pistes pour alimenter logiquement les caisses générales
de retraite. « Longtemps, trop longtemps, personne n’a osé prétendre mettre en cause les avantages financiers indécents de certains salariés. Bonus, intéressement, stock-option,
actionnariat salarié, autant de revenus pour l’instant exempté de cotisations retraite. Ce n’est pas normal ni acceptable. Il faut que le gouvernement engage au plus vite une
fiscalisation retraite de ces revenus. »
Pour Eric Aubin, il faut que chacun prenne conscience de l’urgence de résoudre les problèmes de financement du régime général. Sans pour autant remettre en cause les régimes
spéciaux souvent visés par le gouvernement et le patronat.
« Madame Parisot doit changer de langage et faire accepter par les patrons qu’elle représente la notion humaniste de partage des richesses. C’est incroyable que nous en soyons
encore à ce niveau aujourd’hui au début du XXIème siècle. A croire que nos patrons se réfèrent encore aux lois capitalistes du XIXème. Tout en participant au sommet social et en
dialoguant avec les autres syndicats, la CGT vient à ce propos d’éditer un tract de 4 pages tiré à deux millions et demi d’exemplaires. Il va être diffusé partout en France pour
sensibiliser les travailleurs. Et leur montrer que notre pays ne doit plus se référer sans cesse à ses voisins européens dès lors qu’il est question de retraite. Le constat est
d’ailleurs édifiant. La France et son système ne sont pas si mal classés en Europe. Et même si l’Allemagne prône la retraite à 65 ans, les chiffres réels montrent que seulement
17% des allemands travaillent jusqu’à cet âge là. Il faut donc cesser de travestir les chiffres et les situations pour démolir le modèle français. »
Entretien Salvatore Lombardo
Photos : Robert Terzian
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