Logement : Reprise des expulsions sur fond de crise
Non. La crise n’est pas derrière nous. Hier, la trêve hivernale a pris fin. Le spectre de l’expulsion plane au-dessus d’un nombre sans précédent de foyers. En cause, la dégradation des budgets des ménages et la hausse des loyers.
Une « chute libre » dans la précarité à tout juste cinquante ans. C’est d’une voix suave mais d’un ton éteint que Marie-Christine Giudici raconte son cauchemar. Le cas de cette mère de famille en instance d’expulsion locative fait figure de triste exemple et non plus d’exception. Marie-Christine est salariée dans un cabinet d’huissier de justice. Elle et sa famille habitent un pavillon à Bourg-la-Reine (92) depuis plus de trente ans. Comme 87 % des personnes expulsées, selon la Fondation Abbé-Pierre, elle est titulaire d’un bail en bonne et due forme. Ce qui n’empêche pas les accidents de la vie. La maladie puis l’invalidité de son mari ont fait basculer sa famille dans de profondes difficultés financières, il y a plus de deux ans. « Il ne faut pas tomber malade en France », dit-elle, faussement cynique, en évoquant le montant des indemnités (moins de 600 euros) perçues par son époux. Celles-ci, conjuguées au smic de Mme Giudici, ne permettent plus de payer le loyer du pavillon familial. « Nous sommes en négatif tous les mois, et là-dessus il faut manger », s’alarme-t-elle.
La décision juridique d’expulsion a été rendue en juillet 2009, à la suite de six mois d’impayés de loyer. La famille a fait appel de cette décision afin d’obtenir des délais supplémentaires avant de quitter son logement. Mais le jugement n’aura lieu qu’en avril et « d’ici là, on peut être mis dehors », insiste Marie-Christine Giudici. L’aide financière de leur fils cadet de vingt-six ans n’aura, au final, pas eu raison de l’implacable engrenage juridique.
Une nouvelle population de marginaux
Pour ce couple, un déménagement est difficilement imaginable. Leurs revenus sont insuffisants. Pour tout bail, « on nous demande quatre fois le montant du loyer mais nous n’avons pas cet argent », s’énerve-t-elle, avant d’ajouter : « Il faut un salaire de ministre pour vivre dans ce pays ! »
Déposer une demande de HLM ? Marie-Christine Giudici l’a fait, il y a un an. Mais ces procédures sont souvent bien plus longues, parfois jusqu’à dix ans, un luxe pour des familles au bord de l’expulsion. « Il manque 800 000 logements sociaux en France », estime la Confédération nationale du logement. Les difficultés de relogement sont devenues évidentes avec les 105 000 décisions d’expulsion déjà prononcées en 2008. Un chiffre en progression constante, note le Réseau stop aux expulsions (Résel).
La baisse du pouvoir d’achat, la hausse du chômage et la multiplication des chômeurs en fin de droits entraînent les ménages les plus modestes vers des situations d’impayés. La Fondation Abbé-Pierre rappelle que « 45% des impayés de loyer sont dus à la perte d’un emploi » car la part du budget allouée au logement est en augmentation et que « le moindre déséquilibre financier peut être dramatique ». Ce type de contentieux locatif touchait déjà 500 000 ménages en 2009. « Une nouvelle population de marginaux » va se constituer, prévient le Résel. Les centres d’hébergement, qui pâtissent du désengagement de l’État, sont littéralement débordés. En témoigne la grève récente et inédite des salariés d’Emmaüs.
Thibault Ducloux
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