Les salariés de Fralib sont allés à plusieurs reprises dans des supermarchés du département pour vider les rayons des produits Unilever et discuter avec les
consommateurs. Photo J Charrié
Depuis 54 jours, l’usine Fralib à Gémenos est en grève pour une augmentation de salaire.
Preuve à l’appui, les salariés ont démontré qu’une autre répartition des richesses était possible. Demain, ils seront en tête de cortège à la manifestation du 1er
mai.
Rares sont ceux qui auraient pu imaginer que
le mouvement déclenché par la CGT puis les cadres de la CGC au matin du 8 mars à l’usine de thé Fralib de Gémenos dure autant. Et pourtant, 54 jours après, la
détermination des salariés qui se battent pour une « augmentation de 200 euros par mois tout de suite et pour tous » s’oppose toujours à celle de la direction qui, elle,
en propose 16.
Le bras de fer se poursuit donc à travers ce mouvement qui démontre bien le malaise existant chez les salariés. Fralib est un cas d’école : des salaires qui se tassent
d’un côté et des dividendes reversés aux actionnaires de l’autre. C’est ce mécanisme que les grévistes ont voulu dénoncer depuis le début de leur
lutte.
« La solution ? Moins de dividendes aux actionnaires »
200 euros, une revendication impossible à
satisfaire selon la direction. Pas pour les salariés. « Cela représente une augmentation de seulement 2 centimes de la boîte de thé » indique Olivier Leberquier, délégué
syndical CGT. Une hausse qui ne se répercuterait pas sur les porte-monnaie des consommateurs mais « sur les actionnaires qui auraient moins de profits à engranger ».
L’information a le mérite d’être claire : « la part des salaires dans une boîte de thé que vous achetez ne représente que 17% du coût. Tout le reste va dans la poche des
actionnaires » indiquent régulièrement les grévistes aux consommateurs dans les supermarchés lors de leurs différentes opérations coup de poing consistant à vider les
rayons des produits du groupe Unilever auquel ils appartiennent. Il faut dire qu’en termes de dividendes, la multinationale fait fort : 1 milliard d’euros entre 2007 et
2008.
« C’est clair, l’argent gagné par les actionnaires, ils le prennent dans nos salaires qui n’augmentent pas » affirme Gérard Cazorla, secrétaire (CGT) du comité
d’entreprise. Tout au long de leur lutte, les salariés ont tenu à mettre leurs arguments sur la table. « Dans notre usine, un salarié payé 46% au-dessus du Smic il y a
20 ans n’est plus payé que 3% au-dessus du Smic aujourd’hui. » Une manière de souligner la paupérisation du salariat. Du coup, « pour avoir des salaires plus haut, nous
sommes obligés de faire des heures et de banaliser le travail de nuit. C’est notre seule solution ». Des rythmes de travail éreintants dans une usine où la productivité
des salariés a été augmentée de 50% au prix des différentes restructurations du groupe. En effet, en 1989, deux usines Fralib (Marseille et Le Havre) produisaient 1,5
milliard de sachets de thé par an. Vingt ans plus tard, la quantité produite est la même sauf qu’il ne reste plus qu’une usine et 183 emplois.
Pour démonter la mécanique, les salariés défendent l’idée d’une meilleure répartition des richesses et d’une limitation des écarts de salaires. « Pourquoi notre grand
patron devrait toucher 400.000 euros par mois et nous seulement 1 500 ? » s’interroge Olivier Leberquier. D’où leur proposition de limiter le rapport entre les salaires
les plus bas et ceux les plus haut « de 1 à 4 ». Soit des salaires compris entre 1 750 et 7 000 euros. Au-dessus, « on redistribue tout » revendiquent-ils. « Comme ça,
si un dirigeant veut s’augmenter, il devra aussi augmenter les ouvriers. »
Au-delà de leur lutte au sein de l’usine, les salariés veulent mettre
des idées sur la place publique. Comme à propos des retraites. « Dans notre usine, par exemple, l’augmentation de 200 euros pour tous aurait un impact direct sur les
salaires » estime Olivier Leberquier, « cela ferait rentrer 130.000 euros de plus dans les caisses. On a calculé qu’augmenter 80.000 salariés de 200 euros, cela
couvrirait les 6 milliards qui manquent soi-disant dans les caisses de la Sécu ».
Pour se faire entendre, les salariés ont sollicité plusieurs parlementaires dont les communistes Michel Vaxès et Isabelle Pasquet qui ont interpellé le Gouvernement.
Quant à Bernard Deflesselles, député UMP de la circonscription, il aura fallu une intervention en nombre des salariés dans sa permanence à Aubagne pour l’obliger à
solliciter le ministère de l’Industrie.
Sans vouloir servir d’exemple, les salariés estiment qu’il s’agit « de questions nationales où les politiques ont leur rôle à jouer » et où les finances de l’Etat sont
également en jeu. Le député Vaxès a notamment interpellé le Premier ministre sur les montages de filiales en Suisse qui permettent à la multinationale de soustraire 67
millions à l’impôt français chaque année.
Demain, à l’occasion de la manifestation du 1er mai les Fralib battront le pavé marseillais pour défendre leurs droits et ceux de tous les salariés, en tête de cortège.
« Vous vous rendez-vous compte si on gagne ? L’espoir que ça donnerait aux autres… »
Décryptage
Sébastien Madau
Les salariés de Fralib ont occupé hier matin la Direction départementale
du Travail et de l’Emploi à Marseille où ils ont été reçus par le directeur départemental. Ils ont obtenu la tenue d’une nouvelle séance de négociation ce matin à 11h à
la DDTE en présence du directeur départemental du travail, médiateur dans ce dossier, de la direction du groupe Unilever et des représentants des
salariés.
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