Laurence Parisot avait choisi de garder une certaine réserve, sans doute pour ne pas gêner le gouvernement au moment où il tente de faire passer une réforme des retraites que le Medef a largement inspirée. Hier, le patronat a commencé à sortir du bois. « Oui nous sommes inquiets », a déclaré la présidente du Medef. Selon elle, des patrons ont « signalé des perturbations sensibles dans leur secteur d’activité ».
Les effets de la grève commencent donc à être « ressentis » par le patronat. Laurence Parisot s’en inquiète et se dit notamment « très sensible à ce qui peut se passer pour les petites entreprises qu’un rien peut fragiliser ». Le matin même, son homologue de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME), Jean-François Roubaud, avait surenchéri : « Je lance un cri d’alarme parce qu’on n’a pas les moyens, aujourd’hui, après la crise économique que nous venons de vivre, de supporter des grèves qui durent longtemps. » Le patron de la CGPME ne fait pas dans la dentelle, embouchant la vieille trompette des salariés du public défendant leurs « privilèges ». Partisan de reculer l’âge du droit à la retraite à 65 ans, il a surtout exhorté le gouvernement à ne pas céder.
Les déclarations de Laurence Parisot ne sont pas sur le même registre : « Ce que nous demandons avant tout, c’est que le climat s’apaise. » Inquiétude réelle ou pas, elle s’est gardée de mettre de l’huile sur le feu de la contestation sociale, tout en réitérant son soutien à la réforme du gouvernement. Ce qui ne semble pas être la tactique choisie par l’exécutif. François Fillon perçoit un «mouvement qui plafonne et commence à s’essouffler». Il s’élève contre «l’intimidation, le blocage et la violence» des grévistes qui seraient la «négation de la démocratie et du pacte républicain», ajoutant que «personne» n’avait «le droit de prendre en otage un pays tout entier». Droit dans ses bottes, décidé à manier l’invective et la menace, François Fillon emboîte le pas à Nicolas Sarkozy. Face à la mobilisation, le président de la République n’a su qu’affirmer : «Je verrai avec les forces de l’ordre pour que l’ordre public soit garanti. » Le gouvernement est-il en train de jouer la carte de la tension ?
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