L’invitée de la semaine
Thérèse Clerc : 41 milliards d’heures de travail ménager
militante féministe, initiatrice de la Maison des Babayagas à Montreuil.
Le chômage est massif, les plans de licenciements tombent. Ce qui se passe à France Télécom, ce stress qui mène au
suicide, c’est l’horreur. L’ensemble de la population des travailleurs souffre mais je déplore que, pour les suicides comme pour tout, on ne « genre » jamais les statistiques. Car la
situation des femmes est encore plus difficile. Elles ont les boulots les plus moches et de plus en plus souvent elles élèvent seules leurs enfants. En France, c’est le cas de 11 % d’entre
elles et ce taux monte à 24 % dans les banlieues pauvres. Le chômage est pour elles une catastrophe qui les plonge dans la misère.
Il ne faut donc jamais cesser de dénoncer le système capitaliste, mais il existe un autre système d’exploitation que les hommes, et beaucoup de femmes, oublient, c’est le système patriarcal. Les femmes fournissent 41 milliards d’heures de travail ménager qui ne sont comptabilisées nulle part, qui ne rentrent pas dans le PIB. 41 milliards d’heures qui nous fatiguent et qui font que notre retraite est amputée. Seulement la moitié des femmes ont une retraite complète, deux tiers sont sous le seuil de pauvreté.
Le travail est une dimension de l’indépendance des femmes. Quand on commence à gagner quatre sous, on n’est pas obligée de quémander en permanence auprès du mari. Le travail est un salaire, pas toujours une libération. Le temps morcelé, les horaires flexibles des vendeuses, des caissières, ce n’est pas une vie. J’ai souvent été méchante avec les syndicats que la différence de salaires entre hommes et femmes ne dérangeait pas. Je ne me rappelle pas qu’ils aient fomenté des grèves pour que les femmes touchent autant pour le même travail. Mais les femmes ont une compensation, elles ont en moyenne six ans de vie supplémentaires. C’est souvent une période d’extrême pauvreté et c’est un temps de grâce, un temps où elles peuvent faire des choses, dire des choses. Un temps qui peut être une période de créativité. Où que j’aille en province, je trouve des femmes de milieux très modestes qui entretiennent le lien social. Et je suis admirative parce qu’elles ont un rôle profondément citoyen.
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