Les États-Unis champions du dumping monétaire
À la recherche d’une croissance perdue, les grands argentiers se lancent dans la course à la dévaluation compétitive. Ce phénomène consiste à faire baisser sa monnaie pour rafler les exportations, seul relais de croissance, à moins de prendre de nouvelles mesures de relance. Dans cette stratégie, les États-Unis occupent une place centrale et laissent filer leur monnaie. Leur technique : le «quantitative easing», ou assouplissement quantitatif. En clair, cette politique consiste à abaisser l’ensemble des taux d’intérêt de la FED, banque centrale américaine, pour diminuer le coût des crédits. Cette baisse des taux d’intérêt est censée stimuler la croissance en période de ralentissement de l’économie en abaissant le coût de tous les crédits. De plus, en rachetant ses bons du Trésor, la FED fait «marcher sa planche à billets », comme on dit. Immédiatement, le dollar baisse. Cette dévaluation monétaire stimule les exportations, puisque les produits fabriqués en zone dollar deviennent moins chers pour les consommateurs étrangers. Résultat, l’euro bat des records et grimpe vers les sommets. Car la monnaie européenne offre une alternative de choix pour les détenteurs de capitaux et la Banque centrale européenne (BCE) n’a pas, dans son mandat, le contrôle des changes. De ce fait, la zone euro perd «cinq années de gains de productivité», explique l’économiste français Patrick Artus.
À ce jeu des monnaies, seule l’Allemagne en sort gagnante. Une étude de l’agence de notation Standard & Poor’s montre, depuis 2005, alors que l’euro s’est durablement apprécié face au dollar, que la compétitivité a diminué de 1% en France, de 16% en Italie, de 13% en Espagne, de 8% en Irlande et de 5% en Grèce. Alors que l’Allemagne a amélioré la sienne de 3%, du fait de la mise en place d’une stratégie industrielle où l’euro fort est un atout. Le modèle allemand «a affecté une plus grosse part de sa production à l’étranger que la France, notamment dans les pays de l’Est. Un euro fort permet ainsi d’importer des marchandises à un meilleur prix», explique Antoine Berthou, économiste au Centre français d’étude et de recherche en économie internationale (Cepii). Grâce à des matières premières, pièces détachées à prix cassés, les Allemands, dont la main-d’œuvre est hautement qualifiée, réalisent leur production à haute valeur ajoutée souvent hors zone euro, dans les ex-pays de l’Est, ce qui leur permet d’améliorer leurs marges. Cette stratégie conduit à privilégier un euro fort au détriment des autres pays de la zone. Une politique qui conduit à la rigueur budgétaire et au gel des salaires, puisqu’une monnaie chère pousse les entreprises à réaliser des gains de productivité, à faire plus d’efforts pour baisser leurs coûts.
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