En état de rébellion légitime
Les prophètes sur commande annoncent depuis des semaines la décrue et un mouvement social jetant l’éponge. La journée d’hier leur a apporté un nouveau démenti, avec des raffineries bloquées, des routiers multipliant les barrages filtrants ou les blocages, des salariés de PSA qui bloquent l’usine de Mulhouse, des ouvriers d’Alstom qui manifestent à Valenciennes, 800 lycées en action, dont plus de la moitié de ceux de Seine-Saint-Denis et, aujourd’hui, des foules immenses qui à nouveau battent le pavé.
Le président remparé à l’Élysée et le premier ministre retranché à Matignon peuvent toujours se rengorger pour leur inflexibilité, ils n’ont pas mis le pays à genoux. Au contraire. Ce refus de respecter la souveraineté populaire qui ne cesse de s’exprimer, et la «monomanie césarienne», selon le mot de Jaurès, qui consiste à tenter d’imposer seul contre tous, contribuent à déchirer les dernières illusions sur le sarkozysme. Le dernier épisode qui consiste à vouloir purement et simplement supprimer l’impôt sur la fortune, alors que le pouvoir veut imposer deux années de vie sacrifiées aux salariés, achève de brosser un tableau qui voit banquiers et actionnaires dicter leur loi sur les retraites, réclamer toujours plus d’avantages fiscaux et d’exonérations, et un gouvernement poreux aux infiltrations financières.
La tentation autoritaire transpire des proclamations d’un Fillon ou d’un Hortefeux, si l’on n’en reste pas à leurs lapsus, pourtant révélateurs. Ici, ils provoquent des salariés, là ils répriment des lycéens, ailleurs ils mettent de l’huile sur le feu en espérant alimenter la peur du désordre et de l’insécurité. Une voiture qui brûle ? Les voilà qui se frottent les mains. Ils avaient tenté le coup en faisant des Gitans ou des Roms de nouveaux boucs émissaires ainsi qu’en s’emparant des affrontements à La Villeneuve pour tenir un discours musclé. Le mouvement social a su rester rassembleur ; gageons que les organisations syndicales demeureront rassemblées.
À droite, où le mensonge est devenu industrie, on relève du flottement dans les lignes. Au Sénat, des élus UMP désertent les séances et sèchent les votes. À l’UMP, où l’on ne sait plus quoi inventer, les préposés aux déclarations prétendent qu’il n’y a aucune difficulté d’approvisionnements des stations-service, mais tout au plus des «problèmes de logistique»… La France d’en bas doit avoir la berlue ! L’écart se creuse entre une caste qui entend imposer une régression sociale, et un peuple qui se rebelle. Légitimement.
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