Les défis du Japon face au déclin de sa population
Par Laura Raim Mis à jour le 30/01/2012 à 21:24 |
INTERVIEW - La population du Japon va chuter d'un tiers entre 2010 et 2060. Un déclin démographique qui aura des conséquences sur l'économie du pays. Les
explications de Bruno Ducoudré, économiste à l'OFCE.
En 2060, le Japon ne comptera plus que 87 millions d'habitants, contre 128 millions en 2010. Quel sera l'impact sur la croissance?
Les effets de la baisse de la
population active sont déjà visibles aujourd'hui, notamment à travers un taux de chômage relativement bas, à 4,5%, malgré la crise. Pour ce qui est de l'impact sur le PIB, à long terme la croissance d'un pays est déterminée par trois facteurs: la croissance de la population active, le progrès technique et
l'augmentation du stock de capital. Si la population baisse, cela signifie moins de main d'œuvre pour produire mais aussi moins de demande pour consommer. Et même si le PIB par personne augmente
lentement grâce au progrès technique, le fait que le PIB national puisse diminuer envoie un mauvais signal aux entreprises japonaises qui voient un marché en déclin et sont donc moins disposées à
investir.
Les personnes de plus de 65 ans représenteront en 2060 près de 40% de la population. Quel problème cela posera-t-il?
Le vieillissement de la population entraîne une augmentation des dépenses de sécurité sociale, de retraite et de santé. Ainsi, le gouvernement va se
retrouver dans une situation très compliquée où il va devoir gérer une hausse des dépenses publiques, alors même que la croissance et donc les rentrées fiscales ralentissent et que les jeunes,
qui devront financer la protection sociale, seront moins nombreux. La charge des cotisations sociales par jeune sera donc plus lourde, ce qui contribuera par ailleurs à plomber la
demande.
N'y a-t-il pas aussi un risque que la baisse de l'épargne privée, entraînée par la chute de la population active, n'expose la dette publique japonaise aux
attaques des marchés?
Il est vrai que, malgré une dette de plus de 12.000 milliards de dollars, qui représente plus du double du PIB, le Japon continue d'emprunter à seulement 1%
parce que les obligations émises par le gouvernement sont détenues à 95% par des résidents. Théoriquement, la chute de l'épargne privée pourrait donc exposer le Japon aux pressions des marchés
financiers internationaux et donc conduire à une hausse du taux auquel il emprunte. Mais pour le moment, la part de la dette détenue par les étrangers est très faible et n'augmente pas du tout.
Et à plus long terme, le gouvernement est en train de mettre en place des mesures pour rembourser et maîtriser sa dette, notamment à travers des hausses d'impôts. Il est par exemple question
de doubler la TVA à partir de 2015.
Comment l'économie nippone pourra-t-elle s'adapter à la baisse de la population?
Le Japon continue de concentrer ses efforts sur les progrès techniques et l'innovation, pour que la hausse de la productivité par personne compense la
réduction de la main d'œuvre. Le gouvernement a également commencé à évoquer la mise en place de politiques natalistes. On peut imaginer, enfin, qu'il sera possible de favoriser l'immigration
étrangère. En revanche, il reste peu de marge de manœuvre pour que les seniors travaillent plus longtemps. L'âge effectif de retraite est en effet de 67,3 ans pour les femmes et de 69,7 ans pour
les hommes.
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/01/30/20002-20120130ARTFIG00660-les-defis-du-japon-face-au-declin-de-sa-population.php
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