Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Les chercheurs refusent de se soumettre aux intérêts privés !


Article paru dans La Marseillaise du 24 octobre 2009


 

Illustration LM
Illustration LM
Dans un contexte de pénurie pour la recherche publique, les chercheurs, et notamment l’association Sauvons la recherche, s’inquiètent et se remobilisent. La « stratégie » des groupes pharmaceutiques du G5 n’est pas là pour les rassurer.

 



Au Laboratoire de recherche en cancérologie de l’Inserm à Marseille, François Coulier, membre de l’association Sauvons la recherche ne cache pas son inquiétude : « Même si Valérie Pécresse prétend le contraire, sur le terrain on voit bien que les budgets de la recherche publique sont en baisse. Il y a de moins en moins de postes permanents, de plus en plus de contrats à durée déterminée (Cdd). Cela induit d’énormes problèmes à la fois pour ce personnel confronté à la précarité, et pour les laboratoires car les personnes qui sont là transitoirement ne s’impliquent pas de la même façon dans la vie du labo. »
Cette inquiétude des scientifiques du secteur public ne date pas de cette année. En 2004, une partie des directeurs de laboratoire avait démissionné symboliquement pour protester contre les politiques en matière de recherche, et le mouvement Sauvons la recherche (Slr) a été créé dans le cadre de cette mobilisation. Mais aujourd’hui, les menaces sur la recherche publique s’accélèrent.
« Seulement 10% des projets présentés par les labos sont retenus, et il n’est pas vrai que 90% d’entre eux ne soient pas intéressants, souligne François Coulier. Mais il est actuellement plus facile d’obtenir un financement pour un thème porteur, rentable ou à la mode comme les nanotechnologies. C’est à mon sens néfaste car des recherches fondamentales peuvent aboutir à des découvertes importantes. »


Des propos étayés par de nombreux exemples que connaît bien Pierre Aucouturier, Pu-Ph*, responsable du laboratoire d’immunologie à l’Université Pierre et Marie Curie/Inserm à Paris. Parmi eux, il cite le cas de la maladie à prions ou « maladie de la vache folle » : « Au milieu des années 90, face aux risques de transmission à l’homme, il y a eu d’énormes efforts pour financer les recherches fondamentales sur ces maladies pour lesquelles on ne disposait d’aucune thérapeutique efficace. Ces recherches ont été réalisées par des laboratoires, essentiellement publics - Inra, Inserm, Cnrs -, parce que c’est là que se trouvent les outils, les savoir-faire, les expertises scientifiques. Quatre ou cinq ans plus tard, alors qu’on s’apercevait que l’épidémie allait être faible, on a arrêté les financements alors qu’on avait avancé mais qu’il fallait travailler encore et qu’on n’est pas à l’abri d’un nouvel événement comme dans ces années 90. ».


Autre exemple : la maladie d’Alzheimer.

Entre 1999 et 2000, des groupes pharmaceutiques américains ont réalisé des essais de vaccin sur des souris, qui ont montré que ce vaccin pouvait entraîner la réversion des déficits de la mémoire. « Cela a fait du bruit et très rapidement, rappelle M.Aucouturier, ces groupes ont obtenu l’autorisation de faire des essais sur l’homme, sans un certain nombre d’études préliminaires. Or, on le sait, la vaccination peut entraîner des effets secondaires. Sur les 300 patients vaccinés, 18 ont développé une maladie inflammatoire du cerveau grave. L’essai a été arrêté, mais on n’a pas recherché la cause de cette réaction qui pourrait être d’ordre immunitaire. » Immunologiste, Pierre Aucoutuirer qui travaille actuellement sur Alzheimer, s’intéresse à la question et essaie de récupérer auprès des labos ayant effectué ces essais des données concernant les malades ayant développé des complications. Sans succès.


"Coopérer, oui, mais pas en mettant le public à genoux"


Aujourd’hui, indique-t-il, ces firmes ont lancé de nouveaux essais vaccinaux contre Alzheimer selon un concept différent, sans chercher à comprendre ce qui s’était passé. Ils préfèrent développer rapidement quelque chose, au risque que cela ne donne pas de très bons résultats. Pendant ce temps, nous essayons de décortiquer sur la souris les mécanismes qui font que dans une approche vaccinale contre Alzheimer on ne va pas développer une réponse de type inflammatoire du cerveau. Evidemment, cela demande plus de temps. Dans la recherche fondamentale, on n’a pas la même logique que dans la recherche privée, qui a des impératifs économiques et doit répondre aux exigences de ses actionnaires. La recherche appliquée est nécessaire mais ne marche qu’à condition qu’elle s’appuie sur la recherche fondamentale. On oublie que le diagnostic du Sida a été rendu possible par une technique moléculaire mise au point grâce à des gens qui travaillaient sur des algues microscopiques. Alors, voir la stratégie scientifique de notre pays guidée par des industriels me paraît extrêmement dangereux. Qu’il y ait des partenariats entre le public et le privé, c’est bien, mais à condition que cela ne consiste pas à mettre la recherche fondamentale au service des objectifs des groupes privés. »
Dans ce contexte, le « Grand emprunt » destiné à financer la recherche est jugé sévèrement par les chercheurs du secteur public.
Henri Audier, directeur de recherche Cnrs émérite, membre du CA de Sauvons la recherche s’insurge : « On se moque de nous. La recherche et l’enseignement supérieur, auxquels on a serré la vis depuis 2002, vont servir de justification à cet emprunt. Or, cela ne peut qu’être un échec complet, tout simplement parce qu’on n’a pas le potentiel humain pour faire face. On ne forme pas assez de doctorants (10 000 par an au lieu de 25 000 en Allemagne) et leur nombre va baisser de 30% sur les dix ans à venir, selon les statistiques du ministère. Il n’y a aucun sens à un plan de relance si on ne commence pas par relancer l’emploi scientifique et donc à former des docteurs et, pour attirer les jeunes, leur donner des débouchés, des perspectives d’avenir. Il faudrait créer 6 000 emplois par an dans la recherche publique. »

Comme ses collègues, Henri Audier se défend pourtant de ne pas être favorable à des coopérations entre le public et le privé, mais à certaines conditions : « Si on finance le privé, cela doit être dans le cadre d’une utilité sociale, d’un contrôle, d’une évaluation. Ce n’est qu’à cette condition que les rapports public-privé peuvent être de coopération et non de subordination. Il est nécessaire que les labos aient des crédits de base suffisants, pour avoir la liberté de choisir leurs partenaires sans être à la remorque du privé. Coopérer oui, mais d’égal à égal et pas en mettant comme on le fait actuellement le public à genoux, en l’obligeant soit à chercher du fric à partir de thèmes de recherche finalisés par l’ANR, soit à prendre n’importe quel contrat avec le privé. »

Témoignages
Jacqueline De Grandmaison


http://www.lamarseillaise.fr/le-fait-du-jour/un-refus-de-soumission-aux-int-r-ts-priv-s.html
Publicité
Tag(s) : #Société
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :