Législatives : Pas-de-Calais, un tiercé gagnant ?
Humanité Quotidien
4 Juin, 2012
Front de gauche
Même si les médias nationaux se focalisent sur l’affrontement Le Pen-
Mélenchon à Hénin-Beaumont, le Front de gauche voit beaucoup plus grand avec
l’espoir de faire élire trois députés dans ce département où il n’en compte aucun. Reportages.
Le surnom les « boyaux rouges », donné aux habitants du Pas-de-Calais et dont l’origine se perd dans la nuit des temps, trouvera-t-il une signification
nouvelle à l’issue des élections législatives des 10 et 17 juin [1] ? Le département est
en effet scruté à la loupe par la plupart des médias nationaux en raison de l’affrontement singulier dont l’une des circonscriptions est le théâtre depuis quelques semaines : celle
d’Hénin-Beaumont [2], où se retrouvent face à face Marine Le Pen
[3], la présidente du Front national, et Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de gauche, tous deux anciens candidats à l’élection présidentielle,
le 22 avril dernier.
Le PCF demeure solidement implanté
Mais, pour emblématique que soit ce duel, l’enjeu ne se limite pas aux frontières de cette circonscription. Les ambitions du Front de gauche vont au-delà,
avec l’objectif de faire élire possiblement pas moins de trois députés (Jean-Luc Mélenchon [4] à Hénin, Jacky Hénin [5] à Calais et Bruno Troni [6] à
Lens-Avion) dans un département qui n’en comptait jusqu’alors aucun. Avec la volonté de faire barrage à la droite et son extrême, quoi qu’il arrive. « Marine Le Pen ne peut espérer
trouver de faille entre le PS et nous au second tour », prévient Jean-Luc Mélenchon.
Terre de mineurs sans mineurs désormais, l’extraction du charbon ayant pris fin tout comme la confection du textile, le Pas-de-Calais reste un département
ouvrier. Le Parti communiste y demeure solidement implanté, disposant d’un total de 11 conseillers généraux sur 77 à l’issue des cantonales de 2010, de 4 élus régionaux sur les 41 dévolus
au Pas-de-Calais [7] – sans compter l’élue du Parti de gauche (PG), Laurence Sauvage – et
d’un sénateur, Dominique Watrin. Mais, depuis 1997, les communistes ne disposent plus d’aucun député sur les quatorze sièges que comptait jusqu’alors le département à l’Assemblée
nationale (il en restera douze à l’issue du redécoupage pour ces élections), quand le PS truste à lui seul douze élus, l’UMP détenant les deux derniers.
Une hégémonie socialiste aujourd’hui sérieusement bousculée par les ambitions du FN, qui parie sur l’hémorragie des emplois, l’affaiblissement de la droite
et les divisions du PS englué dans les affaires judiciaires qui frappent plusieurs de ses élus.
Dans ce contexte, l’annonce de la candidature de Jean-Luc Mélenchon a accru la mobilisation déjà forte des communistes sur le terrain pour
redonner l’espoir à gauche. « L’électorat de base du PS est troublé, écœuré par les affaires. Avant même l’arrivée de Jean-Luc Mélenchon à Hénin, nous avions repris le flambeau de la
lutte contre le FN », raconte Hervé Poly [8] (PCF), candidat suppléant qui a cédé sa place de titulaire dans la
circonscription à l’ex-représentant du Front de gauche [9] à la présidentielle pour
maximiser les chances de l’emporter face à Marine Le Pen. À lui seul, le responsable communiste a déjà frappé à 3 000 portes durant cette campagne. « Jean-Luc Mélenchon va
chercher des électeurs socialistes et moi des électeurs communistes », dit-il, convaincu qu’une partie de ceux qui ont voté « utile » en faveur de François Hollande à la
présidentielle pour chasser Nicolas Sarkozy se sentent aujourd’hui « libérés et soulagés », et donc davantage disponibles pour entendre les arguments du Front de gauche.
« La guerre interne au PS fait des ravages »
Même sentiment dans la circonscription de Lens-Avion où le candidat, Bruno Troni (PCF), estime que le Front de gauche est seul à disposer d’une marge de
progression à gauche. « La guerre interne au PS fait des ravages, il stagne dans l’électorat, tandis qu’une partie de la droite n’a plus peur de voter FN », souligne ce conseiller général
et maire de Billy-Montigny, qui explique que la stratégie des « 3 T » – pour TGV, tourisme et tunnel transmanche – portée par les représentants des partis dominants ces
dernières décennies n’a pas permis de compenser la casse de la sidérurgie, du charbon et du textile.
« Hausse du Smic et des salaires, retraites, nous serons là pour veiller à ce que la majorité adopte des lois sociales au lieu de jouer les béni
oui-oui de l’austérité », lance l’autre espoir important du Front de gauche, Jacky Hénin (PCF), candidat à Calais, ville dont il est a été le maire jusqu’en 2008. L’actuel député
au Parlement européen s’appuie sur le bon résultat obtenu à la dernière cantonale (25 % à Calais au premier tour de mars 2011), sur sa popularité dans la ville et sur l’effet
d’entraînement de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. « La droite est loin derrière nous, quant au FN, il n’a jamais dépassé les 25 % ici », argumente ainsi Jacky Hénin.
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Lire ausi :
À Hénin-Beaumont, "il faut
que ça change !"clame la population [10]
Le Front de gauche réussit sa Marche contre l'austérité et le fascisme [11]
Jean-Luc Mélenchon battrait Marine Le Pen à Hénin-Beaumont [12]
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Retrouvez notre dossier sur les élections législatives [13]
Sébastien Crépel, avec Mina Kaci
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