« Sarkozy viré, tout reste à construire »
Humanité Quotidien
21 Mai, 2012
Législatives
Reportage. Face aux dégâts du quinquennat, le maître mot pour la députée du Front de gauche, Marie-George Buffet, c’est l’implication des
citoyens. Forum sur sa loi « pour l’avenir des jeunes » et rencontre avec les habitants de la cité des 4 000 à La Courneuve étaient au calendrier
du week-end.
« Place au peuple », la devise reprend du service pour les élections législatives des 10 et 17 juin prochain. Faire « réussir la gauche » avec de nombreux
députés du Front de gauche, « en lien avec les mobilisations populaires, les luttes, les assemblées citoyennes ». Tel est le cap collectivement fixé. Une démarche mise en pratique sur le
terrain, le week-end dernier, dans la quatrième circonscription de Seine-Saint-Denis par la députée sortante et candidate du Front de gauche, Marie-George Buffet. Au programme : un forum,
à l’initiative du Mouvement des jeunes communistes du département, autour de la loi « pour l’avenir des jeunes » que la candidate entend défendre sous la nouvelle législature, et une
rencontre de proximité dans la cité des 4000. Deux rendez-vous pour une même exigence : porter les aspirations populaires jusqu’à l’Assemblée nationale. « On ne peut pas faire les
changements nécessaires si on ne prend pas appui sur les citoyens. Car un gouvernement de gauche ne peut fonctionner que dans un rapport de forces face à la droite et aux patrons du CAC
40 », explique Marie-George Buffet avant le début de la rencontre. En prélude aux échanges, Mylène Cala, responsable du MJCF 93, résume : « Enfin Sarkozy a été viré, et pourtant
tout reste à construire. »
Pour un « big bang des politiques jeunesses »
Proposer de nouveaux droits pour les jeunes est bien l’objectif de l’assemblée réunie dans ce département particulièrement touché par la précarité et le
chômage. « Il est fini le temps où des politiques parlaient au nom des jeunes », lance la députée sortante à la salle. De ce point de vue, le pari est réussi. Outre une
quarantaine de jeunes, plusieurs syndicats et associations ont répondu à l’invitation, comme l’Anacej qui avait déjà interpellé, avec soixante-sept autres organisations, les candidats à
la présidentielle pour un « big bang des politiques jeunesses ». C’est aussi le cas de l’Ugict CGT et de l’Unef, qui ont partagé avec le reste de l’assistance leurs dix mesures pour « la
protection financière des jeunes », « l’accès à un emploi stable » et « la reconnaissance des qualifications ». La démarche est significative. « C’est l’un des débouchés politiques au
mouvement social que l’on peut mener dans les universités », estime Laure, de l’Unef.
De nouvelles perspectives
Quatre ateliers rythment l’après-midi. Emploi, études, formations, logement, démocratie… Autant de préoccupations mises au jour par les jeunes qu’une
quinzaine de Courneuviens partageront un peu plus tard dans l’après-midi avec la candidate. Dans un des appartements de la cité des 4000, les témoignages s’enchaînent. L’un est celui d’un
jeune diplômé, titulaire de deux masters et contraint de se loger chez ses beaux-parents, faute d’emploi stable. Une autre a « passé la barre des quarante ans » et ne trouve que « des
petits boulots », « deux heures par jour en ce moment ». Il y a aussi cette retraitée dont la pension ne s’élève qu’à 496 euros par mois, ou encore ces travailleurs sans papiers. Sur
toutes ces urgences sociales, la candidate détaille les propositions du Front de gauche. Mais elle estime aussi que « si on ne mène pas un combat frontal, on ne résoudra pas les
problèmes ». Pour autant, parmi les habitants, la conviction que les choses peuvent changer n’est pas toujours au rendez-vous. « On vote, on vote, mais ça revient toujours au même »,
assène une Stanoise qui a fait le déplacement pour l’occasion. « On est fatigué de se battre contre le vide », explique une autre. C’est pourquoi, « après dix ans d’une droite sourde »,
il convient d’abord, pour la députée, de battre la droite et l’extrême droite, responsables de cette politique. D’autant que le candidat UMP, Thierry Meignen, avait réuni, en 2007, 34,5 %
des suffrages au premier tour, avec un peu plus de 50 % d’abstention, avant d’être battu par Marie-George Buffet avec près de 11 points d’écart. Quant au FN qui avait obtenu 5,38 % en
2007, son secrétaire départemental, Gilles Clavel, est cette fois-ci candidat et pourrait bénéficier de la légère progression du vote Le Pen lors de la présidentielle. Néanmoins, l’échec
de Sarkozy, cuisant sur cette terre qui demeure bien à gauche, ouvre de nouvelles perspectives. François Hollande a réuni entre 66,31 et 75,3 % des voix au deuxième tour, y compris à
Dugny dont le maire est UMP, tandis que Jean-Luc Mélenchon y effectuait une percée avec, en moyenne, 19,6 % au premier tour. Pour que « la gauche ne déçoive pas », selon Gilles Poux,
maire PCF de La Courneuve et suppléant, il faut à la fois élire « des députés qui n’auront pas peur de s’attaquer aux lois dévolues aux intérêts des privilégiés », et que chaque citoyen
« reste mobilisé pendant et surtout après les élections ».
Agir dès maintenant à l’assemblée. La « première décision » du gouvernement doit être de « faire cesser les poursuites contre les
syndicalistes », a déclaré Jean-Luc Mélenchon vendredi à Arras. De son côté, le porte-parole des députés du Front de gauche, Roland Muzeau, assure dans une lettre au premier ministre,
Jean-Marc Ayrault, leur « implication résolue » pour « la réussite de la gauche », et lui propose de prendre sans attendre plusieurs mesures sociales qui constitueront de premiers signes
positifs. « Une augmentation significative du Smic et des minima sociaux, l’application
du droit de réquisition des logements vacants
et la suspension de tout plan de licenciement dans
les grandes entreprises jusqu’à la tenue
d’une conférence avec les partenaires sociaux sont autant de mesures qui dépendent
de la seule décision de ce gouvernement », souligne le député
des Hauts-de-Seine, qui assure que le groupe soutiendra « chaque mesure qui ira dans le sens d’une plus grande solidarité et du progrès social ».
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[1]Près de 6 600 candidatures déposées, dont 40% de femmes [2]
Conseil national du PCF : Nos objectifs politiques pour les législatives (Olivier Dartigolles) [3]
Législatives au PCF : « Avec les députés du Front de gauche, à vous de faire la loi » [4]
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Frédérique Mimoun
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