Le bleu s’assombrit au Conseil général
Article paru dans La Marseillaise du mardi 29 mars 2011
Le Var renouerait-il avec ses vieux démons? En octroyant dimanche un siège à l’un des deux seuls élus FN en France, il voit une
nouvelle fois tous les regards se tourner vers lui. Une attention toute particulière, donc, et peu complaisante, on s’en doute. D’autant que ce n’est pas une première. En 1995, Toulon, sa ville
préfecture, avait permis au frontiste Jean-Marie Le Chevallier de s’asseoir dans le fauteuil de maire et de présider aux (tristes) destinées de la commune (la seule de plus de 100.000 habitants
remportée par le Front national).
Pressentant un score élevé des lepénistes, Mireille Peirano, première secrétaire varoise du PS, avait estimé au cours de la
campagne: "Les Toulonnais ont la mémoire courte." Les Varois aussi visiblement. Après avoir permis à trois conseillers généraux d’extrême droite de siéger au Conseil général il y a quelques
années, ils remettent aujourd’hui le couvert. Cette fois il n’y en a qu’un, certes, mais le résultat n’est pas plus digeste. Car, s’il n’y a qu’un élu, on ne peut oublier, au lendemain de ce
scrutin, que le FN était présent dans 16 duels sur 21 dimanche. Qu’il est ar-rivé en tête dans plusieurs cantons au premier tour. Que ce même 21 mars, il est le seul parti à ne pas perdre de voix
par rapport à 2004 et même à en gagner. Comment occulter encore qu’à l’issue de ce deuxième tour, il se place immédiatement comme le deuxième parti du département après l’UMP avec 31,97% des
suffrages exprimés et passe entre les deux tours de 47.699 à 53.369 voix? Une progression perceptible dans tous les cantons. A une nuance près tout de même. Une nuance qui amène à réfléchir sur
la manière dont s’est opéré le front républicain en pré-sence d’un candidat FN. Si l’électorat de gauche s’est visiblement mobilisé pour "faire barrage", c’est peu dire que la réciprocité n’a pas
été la règle.
Lendemains qui déchantent.
Le cas de Brignoles en est la parfaite illustration: les voix de la droite –éliminée dès le premier tour– se sont dans leur grande
majorité reportées sur Jean-Paul Dispard (FN), au détriment du conseiller général sortant Claude Gilardo (PCF).
A La Seyne, le socialiste Patrick Martinenq semble aussi avoir nettement moins bénéficié du sursaut républicain: il recueille
54,84% contre 45,16% pour son adversaire Gilbert Péréa (FN), soit quelque 900 voix d’écart. Le candidat PS a d’ailleurs opté pour l’humilité. Ce qui n’est pas le cas de la droite locale qui a le
triomphe facile. L’un de ses représentants allant même jusqu’à affirmer, dimanche soir, que "le meilleur rempart contre le FN, c’est l’UMP ". Une analyse qui pourrait prêter à sourire si
l’expression sortie des urnes n’était si préoccupante. Un contexte dans lequel la droite locale porte une lourde responsabilité.
Emboîtant le pas de son leader national, Jean-François Copé, celle-ci s’est, au mieux, fendue d’un silence assourdissant quant à un
éventuel front républicain dans les cantons où le parti lepé-niste le disputait à la gauche. Hormis Jean-Sébastien Vialatte, maire de Six-Fours (UMP), qui avait clairement appelé à faire barrage
au Front: une position demeurée de l’ordre de l’exception.
La droite et l’extrême droite ont beau marteler leur satisfaction, le principal vainqueur, si l’on peut dire, est indéniablement le
camp des abstentionnistes: 55,66% des inscrits n’ont pas jugé utile de se rendre aux urnes.
Une tendance qui n’est pas l’apanage du Var. Le département se distingue, lui, par ses résultats dans leur ensemble. La gauche
reprend des couleurs un peu partout en France? Ici, elle perd du terrain (3 cantons sur les 7 renouvelables). L’UMP est en recul au niveau national? Elle accroît ici son nombre de sièges (merci
la barre des 12,5% des inscrits pour se maintenir au second tour!).
Reste que dans un département qui se veut de plus en plus réservé aux populations les plus aisées, la nouvelle assemblée sera un peu
plus bleue encore, avec une touche marine (31 sièges pour la droite – 1 sans étiquette – 1 pour l’extrême droite – 10 pour la gauche). Les Varois n’en ont décidément pas terminé avec les
lendemains qui déchantent.
AGNES MASSEI
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