Le procès des logements vides
Faire de ce procès un rendez-vous politique. Tel était l’objectif du collectif Jeudi noir assigné, hier, à comparaître devant le tribunal d’instance du 4e arrondissement. Depuis le 27
octobre, 33 de ses membres occupent un hôtel particulier du XVIIe siècle, après avoir été invités à évacuer l’immeuble du 14, passage de la Bonne-Graine (Paris 11e). Le nouvel immeuble
investi se situe, lui, place des Vosges. Un des quartiers les plus huppés de la capitale où le prix du mètre carré avoisine les 15 000 euros. Il a été acheté en 1963 et il est inoccupé
depuis 1965. Il aura fallu l’initiative de Jeudi noir pour se rappeler au bon souvenir de l’heureuse propriétaire de quatre-vingt-sept ans, également propriétaires d’autres hôtels particuliers
dans Paris.
Placée sous tutelle depuis mars 2009, Béatrice Cottin, neuilléenne de naissance, entendait faire valoir ses droits. Et réclamait, au passage, à ces jeunes précaires militants le pointilleux montant de 69 663 par mois à compter du 31 octobre et 1 500 euros d’astreinte par jour de retard. Soit près de 140 000 euros au total. « De quoi rattraper un peu le gâchis de n’avoir jamais loué cet immeuble depuis qu’il a été acheté », ironise Julien Bayou, l’un des principaux animateurs du mouvement. Pour lui, cette affaire illustre « une double carence de l’État : en tant que tuteur, car la propriétaire est sous tutelle et aucun projet n’est envisagé pour le bâtiment, et sur le plan du logement, car rien n’a permis de contrecarrer l’abandon du bâtiment depuis quarante-quatre ans ».
Pendant le procès, l’avocat de Jeudi noir, Pascal Winter, a posé les enjeux : « Le droit de propriété quand il n’est pas utilisé doit être combattu par le droit au logement. C’est le débat que nous voulons provoquer. » De son côté, Me Claire Waroquier, l’avocate de la plaignante, a estimé que « prendre en otage une personne sous tutelle est un mauvais combat », ajoutant que celle-ci avait sa résidence principale dans l’immeuble occupé jusqu’à son placement en maison de retraite après une fracture du fémur, il y a deux ans.
Par ailleurs, le collectif a demandé le transfert de l’affaire vers un autre tribunal pour éviter, selon eux, le « conflit d’intérêt ». En effet, la juge Michèle Blin est celle qui a placé sous tutelle la propriétaire de l’immeuble. Hier, le tribunal de grande instance a accédé à la demande de l’association. Les militants de l’association Jeudi noir qui occupent cet hôtel particulier dans le quartier du Marais, à Paris, comparaîtront le 6 janvier devant le tribunal d’instance du 5e arrondissement de la capitale.
Lionel Decottigines
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