Le Front de gauche pour une Corse nouvelle
Bastia, envoyé spécial.
Un Chiffon rouge de la liberté repris en chœur et en corse, des drapeaux, des fumigènes et des lasers : le tifo bastiais réservé à l’équipe de Dominique Bucchini, capitaine de la liste du
Front de gauche, et à Marie-George Buffet venue la soutenir, était digne, vendredi soir dernier, de l’une de ces belles soirées du Sporting à Furiani. Sauf que c’était, ce soir-là, à Bastia, la
79e des 150 réunions publiques prévues pour présenter au peuple corse ce programme élaboré par les citoyens, qui ont participé notamment aux ateliers de réflexion animés par les quatre
élus sortants (Front de gauche) bien avant le début de la campagne électorale. La 78e, c’était le matin même, dans un hôtel d’Ajaccio, où, en compagnie de Marie-George Buffet, Michel Stefani et
Dominique Bucchini, tous deux élus communistes sortants, avaient un échange enrichissant avec une quarantaine de responsables syndicaux et associatifs. Ils étaient dix fois plus nombreux au
meeting de Bastia. Le souverain qui règne en Corse s’appelle fric, ses affidés les plus voraces sont les clans et les mafias, les spéculateurs immobiliers et les bétonneurs qui voudraient
mettre 200 kilomètres d’une côte splendide en coupe réglée. Ils ont des relais politiques de tous bords au sein de l’Assemblée de Corse. Comme le soulignait, fortement applaudi, Dominique
Bucchini « seuls les élus du groupe Communiste, républicain et citoyen (CRC) ont voté contre cette politique touristique qui consisterait à construire avec l’argent public des hôtels cinq
étoiles pour faire de la Corse la première destination golfique en Europe ! ». Ce serait « encore plus de précarité, encore moins d’emplois durables, encore plus de salariés
surexploités et d’inégalités sociales dans notre île qui est déjà la région la plus pauvre de France ! » s’indignait à la tribune la syndicaliste bastiaise et élue sortante, Josette
Risterucci. Sa collègue d’Ajaccio, Maria Guidicelli, révélant pour sa part que le nombre de contribuables soumis à l’impôt sur la fortune (ISF) a été multiplié par cinq en vingt ans. « La
question sociale doit devenir une grande cause régionale ! » s’exclamait-elle.
Créer « une belle surprise »
Transports, logement social, emploi, énergie, démocratie… c’est à partir de ces besoins populaires que la liste d’ouverture du Front de gauche entend incarner une Corse nouvelle, « une
Corse du courage et des valeurs de gauche contre tous les archaïsmes », a dit Dominique Bucchini, fustigeant autant ceux de droite que ceux, plus inattendus, des radicaux de gauche qui
réussissent l’exploit de présenter deux listes concurrentes tout en prônant l’union.
En progression dans une opinion lassée par ces « combinazione », le Front de gauche en Corse espère donc
un score à deux chiffres pour réellement peser sur les choix politiques futurs. Entraînant dans son enthousiasme Marie-George Buffet, qui a prédit « de faire une belle surprise à la bande
du Fouquet’s ». Laquelle mijoterait pour l’après-élection « une cure d’austérité ». Une nouvelle offense à ceux qui souffrent sur cette île.
Philippe Jérôme
Notre dossier Régionales
2010
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