Colonialisme financier
Par Jean-Emmanuel Ducoin
Ceux qui doutaient encore qu’une grande partie de la crise puisse être devant nous trouvent chaque jour des démentis si flagrants à leur prédiction façon méthode Coué qu’ils feraient bien
de remiser leur petit manuel d’économie pour les nuls. Chacun le constate : le continent craque de toute part. Et le terrain social devient le tertre piétiné de dirigeants européens
défaillants, qui, cyniques ou incompétents, n’ont pas vu que nos sociétés entraient à vivre allure dans une nouvelle phase de la crise, violente et tellurique. Après avoir sauvé les banques
à coups de milliards en préservant les intérêts des grands groupes, après avoir creusé les dettes, les peuples se retrouvent en première ligne pour régler la note. Leur
note…
De Berlin à Paris, de Rome à Lisbonne, de Londres à Athènes ou, hier, une impressionnante grève générale a paralysé la cité historique, les conflits sociaux se généralisent. Et il y a de quoi. Le taux de chômage (officiel) en Europe est passé en moins de deux ans de 7 % à 10 % : 25 à 30 millions de sans-emplois d’ici à fin 2010… Mais ou sont passés les discours rassurants ? L’impayable Pascal Lamy, patron de la cannibale OMC, qui pronostiquait en octobre la « fin de la crise », annonçait hier une chute sans précédent du commerce mondial depuis 1945, en baisse de 12 %. Le malaise est d’autant plus profond que les marchés financiers, qui ont reconstitué discrètement leurs profits et leurs rentes en spéculant sur la dette des États, continuent d’imposer leur diktat aux gouvernements, alors qu’ils leur doivent leur survie !
Résultat ? Des institutions financières hors de tout contrôle s’attaquent aux finances desdits États en difficulté, Grèce, Portugal, Espagne, Irlande, Islande, et déterminent les choix politiques favorables à leurs dogmes. « Ces experts sont arrivés comme des colonisateurs », s’insurgeait un conseiller du gouvernement grec, hier dans le Figaro (sic). Les méthodes sont connues : superplans d’austérité, chômage, salaires au rabais, recul de l’âge ouvrant le droit à la retraite, services publics démantelés, etc. Le capitalisme, supranational par définition, impose ainsi un nouveau genre de domination : le colonialisme financier !
Sous les assauts du coup de massue social que prépare Sarkozy pour l’après-régionales, le pire est-il devant nous en France ? Selon l’OFCE, qui publie ce jeudi une étude choc, le chômage progressera au moins jusqu’en 2012, tandis qu’au moins 800 000 chômeurs de longue durée viendront grossir les rangs des « sans-droits ». L’OFCE évoque « des conséquences considérables en termes sociaux »… Á quelques semaines d’une échéance électorale importante pour faire barrage à toute la Sarkozye, 63 % des Français désapprouvent la politique économique, selon un dernier sondage. L’heure est plus que jamais aux combats collectifs, en tous lieux et en toutes circonstances. Mais également à l’émergence de réelles alternatives sociales, sans lesquelles le libéralisme économique, même soft, ne sera pas annihilé. En l’espèce, le vote pour les listes du Front de gauche ne saurait être qu’un vote anti-Sarkozy, protestataire et vain. Il est d’abord et surtout l’expression d’un vote d’espoir, constructif et représentatif, qui s’enracine loin dans les entrailles de la conscience populaire. Une gauche capable de renverser la table. Radicalement.
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