La Poste : Des salariés mal dans leur peau à Nice
mercredi 21 avril 2010 / "le Patriote"
5 heures 35. Dans le bruit assourdissant des crissements de pneu et du rugissement des moteurs, le convoi des camions franchit la grille du centre de tri. Cette entrée fracassante n’extirpe pas les salariés de leur mutisme. Le regard noyé dans le bitume, les manoeuvres déchargent comme des automates, les milliers de plis en transit chaque jour au centre de tri. Le ballet de l’acheminement du courrier se poursuit dans l’enceinte du bâtiment.
« Moi, c’est l’Elite, moi je suis la Pot » se présentent Marc et Odile. Des salariés qui s’identifient par rapport à leur poste de travail, trieuse du courrier grand ou petit format, mais qui n’hésitent pas à dénoncer l’automatisation à outrance : « les cadences sont trop élevées, les tâches sont de plus en plus répétitives. » Pour ces salariés, la restructuration du centre de tri en « plateforme industrielle courrier » depuis le 31 mars dernier, a dégradé leurs conditions de travail.
Tensions
« La chasse à l’homme est ouverte. » murmure un salarié. Des regards fuyants, des langues qui se délient avec difficulté, c’est l’omerta qui règne. Avéré ou supposé, le spectre des représailles plane sur les salariés. Et parmi elles, la mobilité forcée inquiète. La restructuration a généré de nombreux reclassements. « J’ai l’impression d’être sur un siège éjectable, d’être un pion qu’on peut changer de place à n’importe quel moment, c’est un sentiment d’insécurité permanent. » témoigne Odile.
Au sein du centre de tri, où la moyenne d’âge est de 50 ans, la nouvelle culture prônée par la Direction se heurte aux résistances des salariés. Productivité, rentabilité, ces nouvelles valeurs ne sont pas à l’image de la bureaucratie humanisée qu’ils ont embrassée pour la plupart il y a plus d’une vingtaine d’années. Amertume et ressentiment se conjuguent devant la privatisation rampante et les nouvelles formes de management qui l’accompagne. Après la mort d’un salarié, le centre de tri est sous-tension. Restructuration de La Poste rime de plus en plus pour ses salariés avec autodestruction.
Encadré
Malaise
Au sein du centre de tri, l’émotion est à son comble. Le corps de Marc Leroy, 57 ans, a été découvert, le 7 avril dernier, gisant près des barres rocheuses du Baou de St Jeannet. Accident ou suicide ? L’enquête est en cours mais, pour Pascal Pasquetti, délégué syndical CFDT, aucun doute ne persiste : « Marc était accablé par son reclassement. Il m’a dit : ce sont mes dernières heures. » Marc Leroy parlait-il de ses ultimes instants sur son lieu de travail ? Exprimait-il sa volonté de mettre fin à ses jours ? Qu’importe, pour son collègue, la frontière entre les deux est mince : « il avait énormément de considération pour son travail. On l’a reclassé dans un poste très différent. C’est comme s’ils avaient désavoué ses compétences, son engagement depuis plus de 20 ans au service de La Poste. » Les syndicats dénoncent le malaise croissant des salariés : « les congés maladie explosent ». En cause, pour Pascal Pasquetti, le défaut d’accompagnement social pourtant prévu dans la réforme. « Il est temps que la direction redonne du sens au mot travail, aux yeux des salariés. »
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