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Article paru le 23 avril 2010 dans l'humanité

 

La gauche a rendez-vous avec la retraite à soixante ans


Le parti socialiste n’a pas encore fait connaître ses propositions alternatives au projet de Sarkozy de remise en cause du droit à une retraite digne pour tous les salariés. Les communistes engagent un débat national pluraliste et citoyen.

La bataille qui s’annonce sur l’avenir des retraites entre Nicolas Sarkozy et la droite UMP d’un côté et de l’autre la grande majorité des salariés, selon tous les sondages d’opinion, est sans doute celle qui touche le plus profondément à la nature de la société. Solidarité, avec le système par répartition et le maintien des soixante ans comme âge légal pour cesser son activité professionnelle, ou règne du chacun pour soi et de l’appauvrissement de millions de retraités avec l’augmentation des annuités et la part toujours plus grande du recours à l’épargne auprès des organismes privés, tel est la question qui domine le débat. Celui-ci touche aussi à la vie de chaque individu, qui se voit presque culpabilisé pour l’allongement de l’espérance moyenne de vie.

Face au chantier le plus destructeur que la droite ait entrepris de mener, la capacité de la gauche à contribuer à la résistance sociale, à contrer les arguments gouvernementaux et à proposer des sources de financement pour assurer la pérennité du système de retraite est évidemment capitale. Et le temps est compté, car le gouvernement, qui va faire connaître son projet le mois prochain, souhaite conclure sa réforme par un vote parlementaire avant l’été.

Les manifestations du 1er mai seront examinées à la loupe par l’Élysée, comme un thermomètre de la combativité du monde du travail et de l’attachement des Français à un système social construit au fil des luttes syndicales et des accélérations de l’histoire, lors du Front populaire et de la Libération. Le parti socialiste (lire ci-dessous) ne souhaite visiblement pas se précipiter. La réunion de son bureau national, mercredi soir, ne s’est pas conclue par un texte présentant une alternative à l’allongement de cotisation et au recul de l’âge de la retraite. Précaution tactique d’un PS ne voulant pas dégainer avant que ne soit officiellement présenté le projet gouvernemental  ? C’est du moins la raison invoquée par Martine Aubry, qui a donné une conférence de presse à l’issue de la réunion du bureau national. « Nous avons nos réponses, s’est-elle contentée d’affirmer. Mais ce n’est pas nous qui sommes au gouvernement et nous ne voulons pas que le gouvernement en picore une ou deux, celles qui l’arrangent et dont on sait qu’elles ne régleront pas le problème. »

Que Nicolas Sarkozy puisse trouver son miel dans des propositions socialistes, c’est précisément cela qui pose question. L’hypothèse la plus plausible est que le Parti socialiste n’a pas encore tranché entièrement entre l’aile gauche attachée à la retraite à soixante ans sans allongement des annuités et plusieurs responsables tentés d’emboîter le pas au gouvernement, tant sur le report de l’âge légal qu’à l’allongement des cotisations, une situation que « nous ne pourrons pas éviter », affirme le député de l’Essonne Manuel Valls dans une interview accordée au quotidien Nord Éclair. Le député de Paris Jean-Marie Le Guen, et le maire de Lyon, Gérard Collomb, invitent leurs camarades de la rue de Solferino à « bouger ».


Conserver et développer notre système de retraites


L’attentisme dont fait preuve jusqu’à présent la direction socialiste va à l’encontre de la campagne d’explication que toute la gauche devrait mener pour donner aux citoyens des pièces à conviction sur les possibilités de conserver et de développer notre système de retraites. Engager un débat national, mener un travail de dévoilement auprès des citoyens, tel est le choix des communistes. Le 16 avril dernier, leur conseil national a engagé une bataille militante du même niveau que celle qui précéda le référendum sur la constitution européenne. « À partir des éléments clés du dossier des retraites, chacune et chacun doit pouvoir se faire sa propre opinion. Nous avons confiance dans le choix des Françaises et des Français, allons vers un débat projet contre projet, loyal et sérieux, pluraliste et contradictoire (…) sur un sujet qui mérite tout autre chose que des calculs politiciens », expliquait Olivier Dartigolles, membre de la direction du PCF. Dès maintenant, des milliers de réunions publiques sont programmées. Des comités citoyens se constituent avec le soutien du PCF, du Parti de gauche, de militants socialistes et l’engagement des acteurs du mouvement social et syndical. Comme en 2004 et 2005 sur la constitution européenne, l’Humanité apportera sa contribution au rétablissement de la vérité face au matraquage et à la dramatisation que va déployer la communication élyséenne pour justifier la « réforme ».

Jean-PauL Piérot

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Tag(s) : #Retraites
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