Côte d'Ivoire au bord de la guerre civile
Le président autoproclamé, désavoué par l'ensemble de la communauté internationale, a exigé samedi le départ des 10.000 Casques bleus et des 900 soldats français présents dans le pays.
Pressé de céder le pouvoir par l'ONU, l'Union africaine, l'Union européenne, les Etats-Unis et la Cédéao, le camp de Laurent Gbagbo reste aux commandes de la Côte d'Ivoire et entend désormais livrer le "combat" contre les partisans de son rival Alassane Ouattara. Laurent Gbagbo demande le départ de la mission de l'ONU dans le pays, l'Onuci, et de la force militaire française Licorne, selon un communiqué de son gouvernement lu à la télévision d'Etat.
Alors que la crise née de la présidentielle du 28 novembre a déjà débouché jeudi sur des violences meurtrières et des scènes de guerre à Abidjan et dans l'intérieur du pays, Charles Blé Goudé, leader de la jeunesse pro-Gbagbo, a promis que la véritable confrontation allait commencer avec l'autre président proclamé.
"La récréation est terminée !", a affirmé samedi le chef des "jeunes patriotes" et ministre de la Jeunesse de Gbagbo. "Nous allons défendre la dignité et la souveraineté de notre pays jusqu'à la dernière goutte de notre sueur", a-t-il déclaré.
"Je demande à tous les Ivoiriens de s'apprêter à livrer ce combat, on va libérer totalement notre pays", a poursuivi celui qui fut le fer de lance de violentes manifestations anti-françaises en 2003 et 2004, après l'éclatement de la crise causée par le putsch raté de 2002. Charles Blé Goudé est soumis à des sanctions de l'ONU.
Un rassemblement des "jeunes patriotes" est prévu samedi après-midi dans le quartier pro-Gbagbo de Yopougon à Abidjan.
Côté Ouattara, on n'entend pas non plus relâcher la pression, malgré l'échec d'une tentative de marche sur la télévision d'Etat et le siège du gouvernement, aux mains du camp adverse.
Le président de la Commission de l'Union africaine, Jean Ping, a bien "remis" à Laurent Gbagbo, un des deux présidents proclamés de Côte d'Ivoire, une lettre lui demandant de quitter le pouvoir, a indiqué aujourd'hui une source proche de l'UA.
Jean Ping qui a quitté Abidjan hier soir après une visite de quelques heures, "a remis" à Laurent Gbagbo une lettre de Goodluck Jonathan, chef de l'Etat nigérian et président en exercice de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), a précisé cette source.
Hier, le Nigeria avait annoncé que Jean Ping et un haut représentant de la Cédéao devaient remettre une lettre à Laurent Gbagbo lui demandant de transférer "immédiatement" le pouvoir à Alassane Ouattara, l'autre président proclamé et seul reconnu par quasiment toute la communauté internationale.
"Cette lettre réitère la détermination de la Cédéao et de toute la communauté internationale à ce que le président (Gbagbo) transmette immédiatement le pouvoir au président élu Ouattara et évite le retour imminent d'un conflit sanglant et inutile", avait affirmé le ministre nigérian des Affaires étrangères, Odein Ajumogobia.
L'isolement diplomatique de Laurent Gbagbo est désormais quasi total. Pourtant, ce dernier a réaffirmé vendredi soir qu'il était le président élu de Côte d'Ivoire, soldant l'échec d'une nouvelle mission de médiation de l'Union africaine (UA). Le camp d'Alassane Ouattara, président reconnu par la Commission électorale indépendante (CEI) et par la communauté internationale, appelle, quant à lui une nouvelle fois le peuple à rester "mobilisé" jusqu'au départ de Laurent Gbagbo.
Sur le terrain, le climat reste très tendu. Après l'échec d'une nouvelle tentative de marche sur la RTI ce vendredi, le camp d'Alassane Ouattara a appelé les Ivoiriens "à rester mobilisés jusqu'au départ de Laurent Gbagbo".
Après les manifestations des partisans d'Alassane Ouattara jeudi, qui ont fait une trentaine de morts dans la capitale économique et une cinquantaine de blessés, Guillaume Soro, son Premier ministre, avait appelé à de nouvelles marches vendredi en direction du siège de la RTI et de celui de la Primature. Mais les Ivoiriens n'ont pu sortir de chez eux, en raison d'un strict patrouillage des rues d'Abidjan par les forces de l’ordre fidèles à Laurent Gbagbo.
Dans la soirée, des centaines de personnes ont toutefois participé à un rassemblement à Bouaké, fief de l'ancienne rébellion situé dans le centre du pays, appelant au départ de Laurent Gbagbo. Jeudi, des heurts avaient opposé des membres de Forces nouvelles (FN) de Guillaume Soro aux forces loyalistes dans le centre du pays, autour de la zone dite de confiance entre le Nord et le Sud, pour la première fois depuis 2006.
Nicolas Sarkozy, président de l'ex-puissance coloniale française - qui compte 15.000 ressortissants dans le pays -, a prévenu que Gbagbo devait partir "avant la fin de la semaine". Sinon, il figurera "nommément" avec son épouse Simone sur la liste des personnes visées par des sanctions de l'UE, a-t-il dit.
Face à ces coups de boutoir, le camp Gbagbo, qui n'a de cesse de dénoncer les "ingérences", s'en prend de plus en plus à l'ONU qui déploie dans le pays une mission, l'Onuci, forte de quelque 10.000 Casques bleus.
Il a également décidé d'interdire de parution plusieurs journaux d'opposition depuis vendredi.
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