La colère des professeurs gagne l’opinion
Le mouvement social dans l’éducation prend de l’ampleur. À un mois des élections régionales, le gouvernement tente de jouer l’apaisement. Syndicats et opposition dénoncent une supercherie.
Davantage de moyens, voilà ce que veulent les personnels de l’enseignement. Point final. Et les discours amphigouriques du gouvernement n’y changeront rien. Une revendication soutenue très
majoritairement par les Français. Selon une étude de l’institut Harris Interactive, 93 % des personnes interrogées veulent plus de surveillants dans les écoles pour endiguer la violence et
70 % d’entre elles rejettent la présence de policiers dans les établissements. Dès lors, après la carte « sécuritaire », le ministre de l’Éducation nationale semble vouloir jouer
l’apaisement. Élections régionales obligent. Ainsi, reconnaissait-il, hier sur les ondes de RTL, que, « naturellement, il faut des moyens humains ». Nuançant toutefois :
« Mais la réponse n’est pas uniquement dans l’augmentation de ces moyens. » Autre signe d’inquiétude dans les rangs de la majorité présidentielle, une succession de propos plus
modérés. Sur RMC, Xavier Darcos reconnaissait ainsi, avant-hier, « tout à fait normal l’exercice du droit de retrait des professeurs de Vitry ». Dernière ministre en date à prendre
position sur le sujet, Fadela Amara, lors d’une réunion des délégués de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances, a assuré que « la prévention de la délinquance
était un axe essentiel » qui ne pouvait « se résumer à la vidéoprotection ».
Des états généraux sur la sécurité au mois d’ avril
Mardi déjà, Luc Chatel avait annoncé la tenue, en avril prochain, d’états généraux de la sécurité à l’école pour, a-t-il expliqué, que « l’ensemble des acteurs puissent travailler avec du
recul sur la question de la violence à l’école ». Une initiative qui laisse pour le moins sceptiques les syndicats. « Nous sommes demandeurs d’une vraie réflexion autour de ces
questions », admet Roland Hubert, co-secrétaire général du Snes-FSU. « Mais on ne voudrait pas que ce soit une réponse politicienne. La violence est la conséquence de la politique
constante de réduction des moyens. » À la CGT Éduc’action, on se veut encore plus sévère, soupçonnant une tentative de découragement du mouvement social. « Cette annonce est un
dérivatif à la mobilisation et un moyen de ne pas répondre aux revendications posées. À la CGT, nous ne prêterons pas le flan à la droite et à l’UMP. Nous voyons leur tentative de museler la
mobilisation et de remettre en jeu la sécurité à l’approche des élections régionales », constate Yvan-Yvon Barabino. Au sein de l’opposition, les réactions convergent autour de la question
des moyens. Le PS et Europe Écologie soulignent l’échec du gouvernement et les conséquences des suppressions de postes. Roland Muzeau (PCF), quant à lui, préfère ironiser sur l’annonce de Luc
Chatel : « La méthode Clemenceau est toujours vivace. Quand il y a un problème sérieux, le gouvernement choisit soit de faire une commission, soit de faire des états généraux. »
Pour le député, « des décisions urgentes doivent être prises. Et il ne s’agit pas de revenir aux effectifs de 2002. La règle à calculette ne suffit pas. Il y a des besoins énormes. Le
gouvernement à tort de s’en exonérer ». Côté mobilisation, la FCPE appelle aujourd’hui à une journée « école déserte en Seine-Saint-Denis, de la maternelle au lycée ». Des
initiatives comparables doivent être organisées dans plusieurs établissements du Val-de-Marne. Enfin, l’intersyndicale des enseignants des collèges et des lycées, qui se réunissait hier en fin
d’après-midi, a décidé d’une journée d’action nationale le vendredi 12 mars.
Lionel Decottignies
http://www.humanite.fr/2010-02-18_Societe_-La-colere-des-profs-gagne-l-opinion
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