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Article paru le 14 mai 2010 dans l'Humanité

 

Croissance à 0,1 % : l’Europe loupe la marche de la sortie de crise


Après une croissance de 0,5 % en France au dernier trimestre de l’année 2009, la progression du PIB à 0,1 % au premier trimestre, publiée mercredi, est une douche froide.

Le couperet est tombé mercredi : au premier trimestre, la croissance française a été de 0,1 %, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Une croissance extrêmement faible, inférieure aux pronostics du gouvernement, de l’Insee ou même de la Banque de France qui prévoyaient un taux compris entre 0,2 % et 0,4 %. Or, comme le rappelle l’économiste Mathilde Lemoine, « le premier trimestre fait la croissance de l’année ». Dans la foulée, l’institut public a également révisé à la baisse la croissance du quatrième trimestre, à + 0,5 % au lieu de + 0,6 %. Ainsi que celle de l’ensemble de l’année 2009, où la France a enregistré une contraction de 2,5 % (au lieu de – 2,2 %), témoignant de la plus forte récession de l’après-guerre. L’activité 2008 a aussi été revue en baisse à + 0,1 %, au lieu de + 0,3 %. « Un niveau de croissance qui ne peut pas amener une réduction du chômage », analyse Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), dans les colonnes du Monde.

Les éléments d’explications se trouvent du côté de la demande. Avec la montée de l’inflation, du chômage et l’arrêt des quelques soutiens à la consommation comme la prime à la casse, les Français ont stabilisé leurs dépenses de consommation. Sur le premier trimestre 2010, les achats de produits manufacturés, qui représentent un quart des dépenses des ménages, ont reculé de 1,9 %. De son côté, l’investissement a poursuivi son recul entamé depuis la fin 2008 (– 0,8 %). Au total, la demande intérieure finale (hors stocks) a contribué négativement à la croissance du PIB : – 0,1 point. Elle avait contribué positivement à hauteur de 0,5 point au quatrième trimestre 2009. Seules les exportations, dopées par la baisse de l’euro, ont contribué à donner un très léger souffle à la croissance, puisqu’elles ont progressé de 3,9 %, après + 0,4 % le trimestre précédent.

En pleine préparation de mesures d’austérité, le gouvernement n’a rien à gagner à un essoufflement de la croissance. Selon Christine Lagarde, ministre de l’Économie et des Finances, l’évolution du PIB français est similaire à celle de nos voisins et, en moyenne, l’économie hexagonale augmente de + 0,3 % par trimestre depuis un an, ce qui constitue un « signe que les politiques de relance ont permis à l’économie française de se redresser durablement », même si l’activité au premier trimestre « a enregistré le contrecoup mécanique lié à la fin de la prime à la casse à taux plein ». Eurostat, l’office statistique de la zone euro, a publié ses chiffres. Dans les seize pays de la zone euro, la croissance a été de 0,2 % au premier trimestre. Résultat, l’Europe et plus particulièrement la France sont à un fil de franchir la ligne rouge. Pourtant, les gouvernements nous amènent progressivement à une cure d’austérité massive : gel des salaires ou des dépenses publiques, suppressions de primes, hausses d’impôts ou abandon des réductions promises… qui déprimeront durablement la demande et la croissance.

Clotilde Mathieu

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Tag(s) : #Economie
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