"L’Etat massacre la démocratie locale"
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Article paru dans La Marseillaise du mercredi 22 septembre 2010 |
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Gaby Charroux, maire de Martigues( PCF), à l'instar de son homologue Montpelliéraine nous éclaire sur la situation de sa ville de 50 000 habitants, et nous livre son sentiment sur le climat sécuritaire actuel. Selon lui "l'Etat n'entend pas les besoins du territoire et massacre la démocratie locale".
Et vous maire d’une ville d’environ 50 000 habitants, qu’est-ce que vous souhaitez en matière de sécurité publique ?
Très manifestement avoir une présence de proximité. La police d’Etat n’est plus présente en matière de prévention, certes la brigade
de la Bac effectue ses rondes toutes les nuits mais sur un territoire très vaste qui s’étend de Port-Saint-Louis du Rhône à Châteauneuf-les-Martigues. Sur les 160 postes, 30 ou 40 sont vacants.
L’Etat a abandonné le terrain et les brigades de proximité ont été supprimées. Ce qui les supplée c’est la police municipale. Nous avons créé quarante-sept postes et disposons de sept agents de
sécurité sur la voie publique que je vais déployer dans les trois quartiers du centre ville. Le commissariat est à proximité de l’Hôtel de ville et la police municipale à Jonquières, nous allons
bientôt inaugurer une antenne de la police municipale à Ferrières. Ce que nous attendons, c’est à la fois une visibilité des forces de sécurité par les citoyens et une grande proximité. L’écoute
et la présence sont indispensables.
Quels sont les problèmes principaux que vous rencontrez et quelles sont les réponses que vous avez choisi d’apporter en priorité
?
Si l’on compare Martigues à d’autres villes, vous vous apercevrez que nous n’avons pas de tag car nous les enlevons
immédiatement. Quand quelqu’un commet un délit de ce genre, il est condamné à réparer. Si je souhaite que les sanctions existent, je ne l’entends qu’associées à la prévention et la tolérance.
Nous disposons de plus de mille associations dont un grand nombre travaille à l’intérêt général et à ce lien social entre des populations très différentes. Nos deux points forts sont l’habitat et
la scolarisation. Dans les quartiers, et nous avons cinq, nous mettons en œuvre la mixité et je dois dire que je suis assez satisfait du climat social dans notre ville. Tous les mois on dresse
avec le chef de la police l’état de la criminalité et somme toute, la délinquance est ici assez réduite. Sur les huit premiers mois de l’année, on dénombre 2209 faits contre 2265 l’an dernier.
Les vols à main armée sont passés de 9 à 21 cette année mais on enregistre une diminution de 25% du nombre de cambriolages et le vol d’automobiles baisse de 5,1%. Parmi les villes de
Port-de-Bouc, Saint-Mitre les Remparts et Châteauneuf-les-Martigues qui font partie du conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, la ville a les chiffres les plus bas. Ce qui
me préoccupe c’est la drogue, avec des trafics et de la revente y compris en plein jour, qui démontrent une évolution.
Comment selon vous, les territoires pourraient gagner en « cohésion sociale et urbaine » alors que les réalités diffèrent et d’une ville à
l’autre ?
Je pense qu’une des réponses se trouve dans l’approche sociale à laquelle il faut associer l’éducation. Nous avons
joué sur plusieurs leviers dans cette direction au profit de jeunes et d’ailleurs, pas que des jeunes, qui étaient en difficulté. Cela ne suffit pas. Les gros trafics, c’est un problème qui
dépasse la compétence d’un maire d’une ville de 50 000 comme de 800 000 habitants. Avec les seuls moyens des communes, je ne suis pas sûr que l’on gagne ce combat. Certes, nous n’avons pas de
zones de non droit et pouvons aller et venir partout dans Martigues, mais cela pourrait arriver. Ce qu’il faut c’est que l’Etat n’abandonne pas le terrain de la sécurité publique ni les services
publiques. Le fait que tous les postes de policiers nationaux ne soient pas pourvus sur notre territoire ne va pas améliorer la situation. Et quand j’entends Christian Estrosi, sur la présumée
responsabilité des maires, alors qu’à Nice, des acteurs professionnels se font passer pour des policiers en train d’attraper des voleurs, je dis que ce type est un farceur. Dans leur majorité les
maires font face à leurs obligations mais est-ce que l’Etat fait face aux siennes ? Avec la réforme des collectivités territoriales par exemple, nous n’aurons bientôt plus de compétences ! L’Etat
n’entend pas les besoins du territoire et massacre la démocratie locale. La communauté d’agglomération du pays de Martigues va ainsi perdre 75% de ses recettes avec la suppression de la taxe
professionnelle. Vous ne le savez peut-être pas mais c’est la communauté d’agglomération la plus impactée de France ! Cela pourrait se traduire par une baisse des services à la population, la
diminution des recrutements, de l’action sociale et de l’investissement. Nous en avons décidé autrement et optons pour une réduction des frais de fonctionnement, car nous voulons poursuivre notre
politique d’investissement et de développement au profit de la population. Le gouvernement favorise et contribue aux clivages, il faut impérativement revenir à une autre politique pour que les
services publics bénéficient à tous.
On entend dire que l’insécurité n’est ni de droite, ni de gauche... N’est-ce pas une manière de nier le clivage idéologique qui existe en amont
comme en aval sur le thème de la sécurité publique ?
La sécurité publique elle n’est ni de droite, ni de gauche. Elle ne s’arrête pas à Saint-Mitre ville dirigée par l’UMP, en revanche,
les manières de répondre sont effectivement différentes. Ce pouvoir est faible, il fait semblant de s’attaquer à l’insécurité mais ses réponses portent sur le négatif ainsi il passe son temps à
communiquer. De son côté, la gauche doit, pour relever le défi, arrêter de mettre ses mains devant les yeux. Nous avons fait en la matière bien des erreurs car nous avions peur de sévir mais un
voyou est un voyou et il ne faut pas avoir peur de le stigmatiser en tant que tel.
Qu’est-ce que vous inspire la politique sécuritaire mise en œuvre par le gouvernement depuis notamment le discours présidentiel de
Grenoble ?
L’écœurement et la honte devant tant de manipulations et d’injustices. Honte aussi devant l’arrogance des instances, les plus hautes
de mon pays. J’appelle les maires de droite qui ne partagent pas cette vision sécuritaire à plus de cohérence et plus de courage, car ils tiennent parfois un discours dans leur ville et un autre
à l’assemblée ou dans d’autres instances. La gauche aussi d’ailleurs …
Interview N.F.
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