Le front du refus s’organise
Article paru dans La Marseillaise le mercredi 22 sptembre
2010
Social. Dans un école des quartiers nord de Marseille, la grève reconductible a été décidée pour l’après 23.
« Un an de cotisation en plus = un an de chômage pour les plus jeunes », pouvait-on lire sur une banderole portée à bout de bras par
la quasi totalité des enseignants de l’école primaire Busserine.
Dans cette école aux 13 classes, implantée au pied d’une cité HLM des quartiers nord de Marseille, les
enseignants ont décidé d’inscrire au programme de leur agenda social, la grève reconductible.
Une grève tournante de deux jours par semaine. Une façon pour les enseignants d’assurer une présence à 50% et
éviter de se retrouver sans le sous à la fin du mois. 13 enseignants sur 16 ce sont prononcés en faveur de ce mode d’action, qui devra donner une suite logique à la journée de mobilisation du 23
septembre.
Avec l’idée de partir à la rencontre d’autres écoles du secteur pour faire grandir le front du refus. « Tout cela
ne date pas du 7, indique Sébastien Fournier, enseignant syndiqué au Snuipp. Cela fait longtemps que l’on considère que le dossier des retraites est important. Une grève de 24 heures ne suffisait
pas pour gagner. A partir de là s’est posée la question de la grève reconductible. »
Nous étions dans l’attente d’un signal
En enclenchant ce processus, les enseignants ont voulu signifier que si rien ne se faisait maintenant, il serait
peut être trop tard. Car même si les mouvements de 2003 sont encore dans les têtes, les instituteurs évoquent les nombreuses mesures qui depuis ont mis à mal l’école, comme la quasi suppression
des RASED, réseau d’aide aux enfants en difficulté, les changements d’horaires avec la suppression du samedi matin travaillé.
« Après l’avalanche de toutes ces mesures, on s’est retrouvé à attendre un signal et ont se rendait bien compte
qu’il tardait à venir. » C’est sur la base d’un mécontentement général qui ne concerne pas la seule question des retraites que l’idée de la grève reconductible à germer. « Nous avons fait ce
choix là par conviction. Au-delà des retraites, il y a la crise financière, toutes les affaires et le racisme d’Etat, tout cela conduit à un ras-le-bol général. Nous en sommes au stade, où nous
croyons que l’unité est possible entre public et privé. »
Autant de questions portées au débat et dont ce sont déjà emparées des organisations syndicales comme le Snuipp,
Sud Education et la CGT Education.
Comme en 2003, ils sont prêts à de nouveaux sacrifices, avec l’objectif de travailler sur des valeurs. « Plus on
parle de choses injustes, plus les écarts se creusent », témoigne une jeune enseignante. Elle constate que la perte d’heures d’enseignement a été très préjudiciable aux milieux modestes et
défavorisés. « C’est la fin de l’école pour tous. Dans un quartier où 50% de gens sont au chômage, on nous demande de travailler plus. Mais on sait que les minots, eux n’auront pas de travail
plus tard. »
Alors comment gérer au quotidien des contradictions aussi insoutenables ? C'est bien parce qu’il y a une logique
contre laquelle ils veulent lutter que les enseignants ont inscrit en lettres capitales le mot action.
« Le temps presse, si on veut gagner, il faut passer à la vitesse supérieure » assure tout de go la petite assemblée de
professeurs.
CATHERINE WALGENWITZ
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