Article paru le 12 avril 2010 dans l'humanité
tribunes & idées
L’école-prison n’est pas la solution
Par Stéphane Haar, Président national de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne.
La violence est présente dans de nombreux quartiers populaires et pas simplement dans les établissements scolaires. Les établissements sont à l’image des quartiers où ils se trouvent. Beaucoup de jeunes témoignent d’un sentiment d’insécurité et d’un climat de peur dans leur quartier et leur établissement scolaire. Face à cela, il faut une véritable action car on ne peut pas accepter de voir des jeunes partir au lycée avec la peur au ventre. Mais cela ne doit pas nous empêcher de voir la réalité. 40 % des élèves disent avoir été victimes de violences scolaires, pourtant, dans les faits, même en prenant les chiffres les plus larges possible, on ne constate que 2,5 incidents pour 100 élèves. Le climat de peur et d’insécurité est disproportionné par rapport à la réalité de la violence dans les quartiers populaires. S’il faut condamner fermement les actes de violence, il faut également dénoncer le climat de peur provoqué par l’acharnement des médias et du gouvernement contre les jeunes de milieux populaires. À les écouter, les jeunes sont un danger ! Il suffit qu’une poubelle brûle dans un quartier populaire pour que les médias et les politiciens s’empressent de déplorer l’incident au journal de 13 heures. Dans l’imaginaire collectif, jeunesse et violence vont de pair. Au point qu’on ne parle jamais des actions citoyennes menées par les jeunes de quartiers populaires.
Le 2 mai 2009, la JOC a réuni 25 000 jeunes des quartiers populaires au parc départemental de La Courneuve pour une journée de mobilisation citoyenne. Bien sûr, les télévisions étaient absentes. Bref, les jeunes des quartiers populaires sont des sauvages. Il faut donc tout mettre en œuvre pour empêcher cette sauvagerie d’entrer dans les établissements scolaires. Pour cela, il faut les barricader. Victor Hugo disait : « Quand on ouvre une école, on ferme une prison. » Mais que faire quand le gouvernement transforme l’école en prison ? Portiques de sécurité, vigiles, caméras de surveillance, il ne manque plus que les barbelés et les miradors. Comment peut-on imaginer une seule seconde que cela puisse être une solution ? Pourtant de vraies solutions existent ! Les jeunes y réfléchissent par eux-mêmes. La JOC a organisé des rencontres, des actions sur la violence dans différents quartiers populaires. Il en ressort des propositions mais celles-ci demandent une véritable volonté politique. Dans un premier temps, nous ne pouvons plus accepter l’acharnement médiatique contre les jeunes de milieux populaires et les quartiers. Cela ne fait qu’encourager de nouveaux actes de violence et ne donne pas une image juste de la jeunesse de notre pays. À court terme, il faut des moyens sur le terrain pour répondre aux difficultés concrètes que rencontrent les jeunes. Ce n’est pas d’établissements scolaires ultra-sécurisés dont nous avons besoin ! C’est de personnel d’encadrement et d’éducation. C’est de plus de démocratie et d’une meilleure implication des jeunes dans la vie de leur établissement. C’est d’une police de proximité dans les quartiers et d’un service public présent au quotidien ! Enfin, il faut répondre aux vraies difficultés des jeunes de milieux populaires sur le long terme. Comment espérer mettre fin à la violence sans s’attaquer aux problèmes économiques et sociaux qui touchent nos quartiers ? Une vraie politique de sécurité ne peut pas faire l’impasse sur les questions d’inégalités, d’emploi, de précarité, de discriminations… Nous invitons le gouvernement à s’engager dans cette vraie politique de sécurité. Cela commence par se mettre à l’écoute des jeunes de milieux populaires, leur faire confiance et les intégrer au débat. Et pas simplement réunir des experts autour d’une table.
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