Au septième jour, la SNCF manœuvre sans négocier
Alors que débute aujourd’hui le septième jour de grève, la situation est toujours bloquée à la SNCF. La direction a fait mine, hier, de vouloir rétablir le dialogue avec la CGT cheminots et SUD rail, en proposant la réunion d’une table ronde. Mais cette annonce s’apparente plus à une manœuvre dont l’objectif est de faire porter devant l’opinion publique aux deux syndicats la responsabilité de la poursuite du conflit. En effet, outre que cette table ronde n’aurait lieu que le 21 avril, elle réunirait l’ensemble des fédérations représentatives et pas seulement celles qui sont à l’origine de la grève. La tenue de cette réunion est enfin conditionnée à la reprise immédiate du travail, sans que la direction n’apporte aucune garantie sur le fait que les revendications des cheminots aboutissent favorablement. Inacceptable, donc, pour la CGT, qui revendique « l’ouverture immédiate de négociations avec les seuls syndicats grévistes ».
La direction de la SNCF n’entend pas céder sur son objectif de poursuivre ses restructurations. Preuve en est que la table ronde qu’elle a proposée hier porterait, entre autres, sur la mise en œuvre de la concurrence dans le TER. Il s’agit aussi, pour elle, de favoriser l’émergence d’« un pôle syndical réformiste » cantonné au seul accompagnement social de ses choix. « Nous (…) ne voulons pas valoriser la grève. Si on le faisait, cela affaiblirait les autres syndicats (non grévistes) », a ainsi expliqué, hier à l’AFP, une source proche de la direction.
Dans son obstination à refuser d’ouvrir des négociations, la direction de la SNCF se prévaut du soutien de l’État, l’actionnaire unique de l’entreprise publique. Après avoir qualifié la grève d’« inutile », au premier jour du conflit, mercredi dernier, par la voix du secrétaire d’État aux Transports, Dominique Bussereau, le gouvernement reste depuis silencieux. Intervenir pour contraindre la direction à infléchir sa gestion du conflit reviendrait à désavouer une gestion de l’entreprise qui n’est que la déclinaison de ses choix politiques.
Les revendications des agents de conduite, des contrôleurs et des agents du fret sont tout sauf corporatistes. Les vice-présidents PCF de onze régions
[1], qui ont signé, vendredi dernier, une déclaration de soutien aux « cheminots en lutte pour le maintien et le développement du service public », ne s’y sont pas trompés. Dans ce texte, ils rappellent qu’ils constatent quotidiennement « la dégradation des conditions de transport (trains annulés, retards fréquents…) » et que les causes de celle-ci sont « le manque de moyens humains et matériels » de la SNCF. Les élus communistes soulignent que cette dernière a supprimé 20 000 emplois depuis 2002 et envisage d’en supprimer à nouveau plus de 7 000 d’ici à 2012. « Ces réductions drastiques d’emplois, les réorganisations sans fin au sein de la SNCF se font au nom de la libéralisation du secteur des transports voulue et conduite à marche forcée par le président de la République et son gouvernement », accusent-ils.
Les vice-présidents PCF demandent à Dominique Bussereau « de prendre ses responsabilités afin que le président de la SNCF sorte de son entêtement et ouvre sans tarder de véritables négociations ». Ils appellent enfin les « usagers » et les « citoyens » à se mobiliser « pour exiger du gouvernement qu’il cesse sa politique de casse du fret et de dégradation du service public ».
Pierre-Henri Lab
Article paru dans l'Humanité du mardi 13 avril 2010
[1] Luc Bourduge (Auvergne), Jean-Paul Pinaud (Bourgogne), Gérard Lahellec (Bretagne), Pierre Mathieu (Champagne-Ardenne), Jean-Michel Bodin (Centre), Patrick Hatzig (Lorraine), Charles Marziani (Midi-Pyrénées), Pierre Mouraret (Basse-Normandie), Noël Levillain (Haute-Normandie), Gilles Bontemps (Pays de la Loire), Daniel Beurdeley (Picardie).
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)