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L'association ACT travaille sur les notions d'identité et de culture !

Article paru dans La Marseillaise du lundi 2 novembre 2009


 

Photo archives SC
Photo archives SC
Aux antipodes d’un débat éclair aux visées électoralistes, l’association marseillaise Approches Cultures et Territoires travaille sur les notions d’identité et de culture. Mais on est dans le long terme et la complexité ne fait pas peur.

 


« Un débat en deux mois sur l’identité nationale va évidemment provoquer cacophonie et utilisation politique. Cela provoquera aussi quelque chose qui ne sera pas comptabilisé, c’est l’humiliation de ceux qui n’y participeront pas mais à qui on dira en filigrane, "vous, vous n’y êtes pas" ». Damien Boisset est chargé de mission à Approches Cultures et Territoires, ACT. Cette association fait partie des fameuses « forces vives » que le gouvernement prétend interroger dans son débat. Mais on trouve ici une manière de travailler aux antipodes des annonces autour de cette pseudo consultation éclair.
Le QG est installé dans un bâtiment du centre de Marseille. On entre par une porte située sur une place… pour descendre ensuite deux étages car des escaliers débouchent sur une autre entrée d’une rue voisine. « Cela fait très immeuble FTP MOI » plaisante Ramzi Tadros, un autre chargé de mission. Les Francs tireurs partisans, groupe de résistance à l’occupation nazie issue de la main d’œuvre immigrée. D’emblée, le ton est donné.


Pas intégrer l’autre, mais construire ensemble


« Notre constat de base était que sur les questions d’identité, tout le monde, travailleurs sociaux, acteurs culturels, décideurs… se cassaient les dents. On s’est dit qu’il serait intéressant de creuser le sujet quand l’ethnicisation monte dans les rapports sociaux », campe ce militant associatif, passé par le Centre d’infos et de documentation sur l’immigration méditerranéenne ou la Maison de l’Etranger. Et c’est ainsi qu’en 2006 démarre l’aventure ACT. « Parce que les penseurs avaient travaillé, que la réflexion n’était pas unique et que cela pouvait servir de base pour trouver comment vivre ensemble. Non pas intégrer l’autre mais construire ensemble une autre culture », insiste Elia Bortignon, autre chargé de mission, arrivé plus récemment. Voilà pour la philosophie. Dans les faits, ce sont des colloques et des conférences qui s’enchaînent, des données mises en ligne sur le site internet* et des journées de formation proposées aux institutionnels ou aux associations. Un triptyque pour décliner le partage du savoir, ou pour reprendre une formule d’évidence chère à Damien Boisset, « d’éducation populaire ».


« Et j’ai découvert l’ethnicisme »


Le premier cycle de conférences portera sur l’école, « un enjeu de société à l’heure où l’on faisait peser la désaffectation des couches moyennes sur le dos de l’immigration » expose Ramzi Tadros. En lieu et place de ce « racisme ordinaire », les intellectuels, sociologues ou historiens, vont poser des faits et des analyses qui sauront surprendre même les militants aguerris que sont les membres d’ACT. « J’ai découvert l’ethnicisme » rapporte ainsi Damien Boisset, « l’affectation d’une étiquette qui présuppose des comportements, des habitudes… sans qu’il y ait eu dialogue préalable ». La base de la discrimination, en somme, pratiquée au quotidien dans une institution pourtant fondée sur l’égalité. « Des chercheurs ont montré, statistiques à l’ appui, que l’humanité d’un enfant passait ainsi après son origine. Si l’on demande à Mamadou d’où il vient, il ne saurait répondre une simple adresse marseillaise car alors l’adulte lui reposera la question. En revanche, la même réponse faite par une petite Sophie sera acceptée comme bonne » poursuit Ramzi Tadros, s’en référant au sociologue Christian Poiret.
Sur le long terme, le sujet va être creusé par une équipe convaincue qu’une intervention de deux heures, aussi passionnante soit-elle, ne suffira pas.
Dans cette quête sur la diversité culturelle, l’identité nationale est en toile de fond. « Cette notion que tout le monde utilise, convaincu de savoir ce qu’elle recouvre sans jamais s’être posé réellement la question de son contenu », précise Elia Borguignon. « Mais jamais nous sollicitons nos intervenants sur cette formulation précise » ajoute Damien Boisset, persuadé que l’objectif est « l’histoire commune, sinon on verse dans l’agitation d’un chiffon rouge sur lequel rien ne peut être construit ».


Chaque configuration sociale définit son ennemi


Mais des historiens en ont parlé, « montrant que l’identité nationale est un combat toujours recommencé car il permet de définir l’ennemi et que chaque configuration sociale définit son ennemi ; sachant que jusqu’au 19e siècle, cet ennemi, c’était l’ouvrier, le péquenot. Après, il s’est précisé dans la figure de l’étranger » développe ainsi Ramzi Tadros. Et Damien Boisset d’ajouter « la meilleure façon de dominer reste d’affirmer que la norme est ainsi, que les autres sont différents ». Hors toute logique de domination, les historiens permettent surtout de « regarder la réalité en face » avec dans le dernier cycle en cours, un zoom sur l’histoire de l’immigration italienne. « Partie intégrante de l’histoire de notre région au point de se fondre dans le paysage comme si elle n’avait jamais été un événement particulier ». Or, l’histoire montre les polémiques, les discours de rejet mais aussi « des moments de solidarité et d’enrichissement mutuel ».

*
www.approches.fr

Reportage
Angélique Schaller
Photos SC

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Tag(s) : #Société
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