Ce mercredi 29/08 dans l'Humanité : Jeunes : l'avenir, c'est l'emploi durable
Humanité Quotidien
29 Août, 2012
Editorial Par Michel Guilloux
Le Conseil des ministres examine ce matin la création de 150 000 "emplois d'avenir" pour les 16-25 ans. Une bouffée d'oxygène qui laisse entière la
question d'une insertion pérenne dans l'emploi.
La jeunesse est-elle un coût à réduire ou l’avenir d’un pays ? Les jeunes sont-ils condamnés à n’être que de la chair à profits ou au chômage de masse, qui
en est le corollaire ? L’examen, parmi les dossiers prioritaires de la rentrée, au même titre que le développement du logement social, du projet de « contrats d’avenir » par le
gouvernement est un des indicateurs d’un changement d’orientation politique avec la précédente majorité, défaite en juin dernier. Celle-ci
ne désarme pas, quitte à se risquer au
ridicule. Ainsi voit-on l’appendice de l’UMP dans les universités, l’UNI, réclamer à cor et à cri le retrait pur et simple du projet au motif qu’il instituerait une double
discrimination : à l’égard des étudiants étrangers et à l’égard des étudiants non boursiers. On a pu mesurer, avec la circulaire Guéant, ce qu’il en était du souci des étudiants étrangers
sous le précédent pouvoir. Que l’on lutte contre la ségrégation sociale et l’échec scolaire à l’université lui est intolérable. Du côté
de l’UMP battue, qui a supprimé 80 000 postes dans
l’éducation en dix ans, laissé sans réponse la sortie du système scolaire de plus de 140 000 jeunes par an sans qualification, avait voulu imposer le CPE – remisé dans les conditions que
l’on se rappelle –, on se masque moins. Pour la droite, la « vraie question »,
à l’unisson des positions du Medef, est encore et toujours « le coût du travail », et la « lourdeur » des
droits inscrits dans le « Code du travail ».
Quant à la lutte contre la précarité, les contrats mis en place à la hâte avant les élections ne duraient que huit mois, au lieu des trois ans prévus par le
projet qui sera examiné ce matin… Cela posé, le dossier mérite débat et il est ouvert. Que, dans l’éducation, on mette en place
un système permettant à des étudiants boursiers non pas
de devoir travailler en plus de leurs études, source de l’échec massif, mais un parcours liant études et préparation à l’emploi, pourquoi pas ? 18 000 jeunes vont être concernés dans les
trois ans, mais 900 euros par mois pour vivre, peut-on penser que cela soit suffisant ? Il faudra attendre un décret pour savoir quelles filières privées pourront recourir à ces contrats.
N’est-ce pas ouvrir la boîte de Pandore, même de manière limitée, à la revendication d’un patronat qui ne se gêne pas pour réclamer leur interdiction dans le public et leur généralisation
dans le privé, avec
des arrière-pensées plus qu’évidentes ? Et dans le public, dans quelles conditions ces jeunes seront-ils accueillis
et avec quel avenir précisément, au bout de trois
ans ?
Constater le début de changement de cap en matière de politique de la jeunesse n’empêche pas l’exigence. Au contraire, elle l’appelle. Comme il vaut mieux
être dedans que dehors, 150 000 jeunes vont être accueillis dans des structures majoritairement publiques.
Les syndicats ont donc tout leur rôle à jouer pour contribuer à l’amélioration
du contenu du dispositif, afin qu’il réponde pleinement à sa dénomination « d’avenir ». La CFDT
a posé ses « exigences », la CGT ses « conditions ». Chacune met l’accent, entre autres,
sur la nécessité d’un parcours sécurisé, qualifiant. Voilà qui conduirait à inverser le cours des choses : faire des jeunes le creuset d’une politique générale de l’emploi progressiste et
non plus un laboratoire de la précarité généralisée. Comme le réclament Front
de gauche, MJCF, Unef et JOC, il est nécessaire pour le pays d’aller vers une vraie loi-cadre pour la
jeunesse. Cet automne doit voir aboutir la négociation et la loi sur les licenciements boursiers. Laurence Parisot a un « sérieux désaccord ». On s’en doutait. Mais les Français n’ont pas
choisi le parti des forces de l’argent qu’elle représente.
Et, face à ces dernières, ils devront se mobiliser, avec toutes leurs organisations – partis, syndicats et associations –, pour
que le changement, ce soit vraiment maintenant.
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