IVG, trente ans de lutte féminine Photo : Marie-Laure Thomas
Des hôpitaux avec des services de gynécologie sociale, un réseau de médecins de ville qui
s’organise, un Planning familial qui retrouve un local… Sur Marseille, l’IVG se fait encore dans de conditions correctes.
Ca y est, le Planning familial des Bouches-du-Rhône devrait enfin avoir une adresse marseillaise
pour accueillir le public. Depuis janvier dernier, il était en effet SDF, même si l’association était toujours hébergée Bd d’Athènes, à deux pas de la Canebière, le public étant
reçu dans des locaux mutualistes au travers la ville. Un bail a en effet été signé pour une nouvelle adresse au 106 bd National. Se faisant, la structure féministe historique
qui a toujours été fréquentée par l’ensemble des Marseillais, met un pied dans le début des quartiers Nord. « Mais on sera à 10 minutes à pied de la gare Saint-Charles et le
lieu est très bien. Un rez-de-chaussée pour nous, une cours… » plaide Claire Ricciardi, présidente dans les Bouches-du-Rhône. Le lieu « sera bien » car il reste encore à passer
par la phase chantier avec des travaux logiquement pris en charge par les collectivités locales pour une ouverture espérée à l’été prochain.
Un réseau de médecins de
ville
Toute cette épopée autour du local augure-t-elle de difficultés faites au travail mené par cette
structure en terme d’éducation à la sexualité et d’IVG. « Contrairement à Paris, nous ne connaissons pas de problème ici pour réaliser les IVG » assure Claire Ricciardi. Depuis
fin 2005, la région PACA est passée à l’IVG médicamenteuse en cabinet de ville, délestant singulièrement les hôpitaux pour les 23.000 interruptions réalisées annuellement. «
D’emblée, nous avons réalisé un travail de fourmi en contactant les médecins ayant passé une convention pour savoir s’ils acceptaient qu’on leur envoie des patients qui nous
avaient contactés via le numéro vert. Aujourd’hui on a ainsi un système qui fonctionne bien ». Sur les 127 conventionnés de PACA, 57 ont répondu positivement. La situation est
très inégale selon les territoires puisque le Var les Alpes de Haute Provence n’en recense… aucun. Mais Marseille compte une vingtaine de praticiens acceptant ces patients ne
faisant pas parti de leur clientèle.
Ces derniers sont même en train de s’organiser. « Nous prenons exemple sur ce qui se passe à Paris pour mettre en place un réseau afin de faciliter le volet administratif des
médecins puisqu’il y a tout un travail de liaison avec l’hôpital de référence et d’améliorer l’information des femmes » développe le Dr Jean-Paul Lapierre. L’IVG médicamenteuse
devant se faire avant la 7e semaine d’aménorrhée, le délai de réflexion est court et la communication importante. Ce réseau doit aussi servir à améliorer la formation des
médecins généralistes optant pour la convention. « Non seulement il y a des contre-indications médicales mais il faut aussi s’assurer d’un environnement favorable » poursuit le
médecin. Ce terme souligne qu’il ne s’agit pas de prendre un simple cachet dans l’intimité de son appartement. L’IVG médicamenteuse est en fait une fausse couche provoquée, avec
douleur et saignement qui peuvent être gérés médicalement mais peuvent aussi provoquer une hémorragie. « D’où l’obligation légale d’être à moins d’une heure d’un hôpital »
insiste encore le praticien.
Cette solution « à la maison » ne saurait donc remplacer totalement l’IVG en milieu hospitalier. « Il est indéniable que les services de gynécologie sociale offre une prise en
charge de qualité » reconnaît le Dr Lapierre qui officie aussi à la Conception. « Pour l’heure, ce qui existe à Marseille ne semble pas remis en cause mais nous n’avons pas
réellement d’informations sur le sujet. Comme nous avons été avertis des fermetures à Paris ou à Lyon, nous restons vigilants ».
Un problème de
coût
Un service de gynécologie sociale existe aussi à l’hôpital Nord qui, seul, assure l’IVG gratuite et
anonyme pour les mineures, prévue par la loi. Ce qui ne va pas sans poser de problème dans une ville comme Marseille. « Nous sommes évidemment confrontées à des cas de jeunes
filles qui n’ont aucun droit à la sexualité. Dès lors, comment pourraient-elles se faire avorter autrement qu’anonymement » déplore Claire Ricciardi qui préfère cependant
attirer l’attention sur la question du coût. Les modifications législatives contraignant les hôpitaux à la tarification à l’acte ont entraîné une nouvelle méthode de calcul pour
les IVG. La consultation médicale pré IVG ou les examens biologiques ont ainsi été sortis du forfait. « Résultat pour les personnes non couvertes par une mutuelle, cela
représente un coût de 120 euros ce qui pose de gros problèmes à certaines personnes » développe encore celle qui est aussi conseillère conjugale et familiale.
Une étude récente de l’organisme régionale de la santé fait état d’un recours plus important à l’IVG par les jeunes de 13 à 17 ans de la région PACA qu’au niveau national (14%
contre 10%). « Les chiffres… » sourit Claire Ricciardi, « toute augmentation du nombre d’IVG est perçue comme un problème. Ce qui pose un paradoxe à la santé publique :
favoriser l’accès à une pratique encore frappée par l’opprobre ». De l’avis de cette professionnelle le sentiment général reste que l’IVG ne devrait plus exister, étant donné
les possibilités contraceptives. « C’est un leurre. Non seulement il n’existe aucun moyen de contraception fiable à 100%, la moitié des personnes qui nous contacte sont
d’ailleurs sous méthodes contraceptives. Mais avoir un enfant un véritable projet où figurent plusieurs étapes. On peut vouloir un enfant, et à un moment, quelque chose fait que
ce n’est plus possible ».
Reportage
Angélique Schaller
|