Education : Recteur cherche des professeurs remplaçants
Reconnaissant de fait les lourds problèmes dus aux suppressions de postes, le recteur de
l’académie de Créteil veut faire appel à de simples étudiants.
« Pourquoi ne pas faire appel, pendant qu’on y est, à des agences d’intérim ? » ironise Gérard
Aschieri, secrétaire général de la Fédération syndicale unitaire (FSU). Il réagissait ainsi à la circulaire sur le recrutement des professeurs remplaçants, parue mercredi à l’initiative du
rectorat de Créteil. À l’origine de cette nouvelle polémique, le très zélé recteur de l’académie, Jean-Michel Blanquer, qui avait lancé il y a quelques semaines les fameuses cagnottes scolaires
anti-absentéisme.
« Bac +3 ou compétences avérées »
Cette fois, c’est pour faire face à d’autres absences, celles des professeurs, que le recteur a décidé de rendre
possible l’embauche de toute personne « pouvant justifier d’un niveau d’études bac + 3 » ou de « compétences avérées »… Autrement dit, la mise en place officielle de
remplaçants non titulaires. Publiée au lendemain de la première grève des enseignants, la circulaire suggère même aux chefs d’établissement scolaire de jouer les agents recruteurs dans
« leur propre entourage ou dans leur population de vie scolaire ». Principaux concernés : les étudiants, les surveillants ou intérimaires du Pôle emploi. Organisations
syndicales et associations de parents sont bien sûr montées au créneau. Dans un communiqué, l’intersyndicale (CGT éducation, SUD, Unsa, CFDT, FCPE, CNT) fait l’inventaire des problèmes qui
expliquent ce déficit de remplaçants: « Manque de recrutements, ouvertures de postes en nombre insuffisant aux concours, suppressions de postes (11200 en 2008, 13500 en 2009… 16000 en
2010 !), multiplication des heures supplémentaires, remplacements en interne, utilisation de personnels précaires… » Et cela, sans compter la prochaine application de la très
contestée réforme de la formation des enseignants. Pourtant, des solutions existent. Selon l’intersyndicale, la première « passe par l’embauche de personnels formés et titulaires avec un
statut de fonctionnaire d’État (garantie d’une neutralité politique et de laïcité) ! Et non pas par les remplacements en interne ou par la précarité ».
« Une dénaturation de l’enseignement »
Le recteur de l’académie, lui, se défend de « mettre n’importe qui devant les élèves » et assure que cette procédure n’a « rien d’exceptionnel ». Laurent Petrynka, du
cabinet du recteur, dit « accorder une importance cruciale à la qualité de nos enseignants contractuels, qui sont systématiquement recrutés au niveau bac +3 dans la discipline qu’ils
doivent enseigner ». De leur côté, les syndicats dénonçaient, jeudi dernier, la « dénaturation de l’enseignement » et les « bricolages » du système éducatif. C’est la
conception même du métier d’enseignant qui est remise en cause.
Thibault Ducloux
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