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Article paru le 19 mai 2010 dans l'humanité

 

Industrie la saignée de l'emploi continue

L’Insee a comptabilisé près de 10 000 suppressions d’emplois au premier trimestre et 210 000 sur un an. Principales branches touchées, l’industrie et la construction.

Selon l’Insee, la France a encore supprimé 9 700 emplois dans les secteurs marchands au premier trimestre et 209 000 sur un an. Une mauvaise nouvelle qui n’a pas entaché la satisfaction de la ministre de l’économie. Hier, Christine Lagarde a une fois de plus trouvé les mots pour provoquer les Français inquiets de la situation de l’emploi : « J’observe avec satisfaction ce ralentissement des destructions d’emplois, qui constitue un nouvel indicateur de stabilisation du marché du travail en début d’année. » Pourtant, même si le nombre de destructions de postes semble s’atténuer, étant donné que le chiffre du quatrième trimestre 2009 était de 20 400 pertes d’emplois dans les secteurs principalement marchands, après 79 900 au troisième trimestre, la France a perdu dans l’industrie 0,9 % d’effectifs (– 29 000 postes), devant la construction (– 10 000 postes), alors que le tertiaire a poursuivi son rebond grâce à l’intérim, qui a créé 33 200 emplois (+ 6,7 %).


TRANSFÉRE DANS LES ZONES DE PRODUCTION À BAS COÛT


Dans son étude sur l’impact de la crise dans les régions, l’Insee pointe une véritable accélération de la désindustrialisation en France. Les zones industrielles, et plus particulièrement le Nord-Est, sont particulièrement touchées. Franche-Comté, Lorraine, Picardie, Champagne-Ardenne et Bourgogne ont affiché une perte d’emplois de 5 % entre le début 2008 et la fin 2009, contre 3,6 % au niveau national. Malheureusement, les études convergent pour démontrer que l’industrie ne récupère jamais les effectifs qu’elle a perdus. Pour la simple raison qu’une partie de sa production est transférée dans les zones de production à bas coût de main-d’oeuvre. Mais aussi par une augmentation accrue de la productivité des salariés. Or, la croissance du tertiaire ne parvient jamais à compenser totalement ces pertes industrielles. La crise révèle également les autres faiblesses de notre marché du travail. Dans les régions à forte croissance d’emploi, comme Poitou-Charentes, Rhône- Alpes, Bretagne et Pays de la Loire, le choc a été aussi brutal puisque la crise a détruit entre 3,4 % et 5 % de leurs emplois en un peu moins de deux ans. « Un quart des emplois créés entre 2002 et 2006 étaient des emplois intérimaires, analyse l’Insee. La structure des emplois des entreprises, en devenant plus flexible du fait du recours à l’intérim, leur a permis d’ajuster plus facilement leur activité économique, mais en faisant diminuer l’emploi. »

Au total, aucune région n’a été épargnée par l’hémorragie d’emplois. Hasard du calendrier, c’est hier au soir que Christian Estrosi, autoproclamé ministre des ouvriers, devait présenter la mise en oeuvre de la nouvelle stratégie industrielle de la France. Une volonté affichée qui laisse sceptique Mohammed Oussedik, en charge de l’industrie à la CGT. « Depuis le début de la crise, nous estimions entre 20 000 et 25 000 les pertes mensuelles d’emplois dans l’industrie, nous sommes malheureusement sur ce rythme. Nous avons fait énormément de propositions durant les états généraux de l’industrie mais aucune des mesures n’a été retenue par le gouvernement. Face à l’urgence de cette situation, nous attendons toujours le plan Marshall pour l’industrie. »

CLOTILDE MATHIEU

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Tag(s) : #Economie
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