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Les urgentistes sont des chercheurs de lits


  Article paru dans La Marseillaise du lundi 2 août 2010


Photo archives LS
Photo archives LS

Délégué régional Paca de l’association des médecins urgentistes présidée nationalement par Patrick Pelloux, Philippe Olivier est chef de pôle (Urgences, addictologie, consultations Prison du Pontet) à l’hôpital d’Avignon.


Globalement pour les urgences d’Avignon, la situation est tendue toute l’année. Seulement l’été, la tension est plus évidente avec les autres services. « Les médecins urgentistes, comme le dit Patrick Pelloux, sont des chercheurs de lits. » Seule révolution de ces derniers mois, le centre hospitalier Henri Duffaut, où 3000 personnes travaillent, a commencé à mettre en service son extension sud, soit un bâtiment de 33000 mètres carrés établis sur six niveaux après deux ans de travaux. Bonne nouvelle pour les médecins urgentistes qui pourront récupérer un niveau déjà existant dans la tour A à la fin de l’année 2011.
« Les fermetures de lits posent toujours des problèmes chaque année en été, ce n’est pas nouveau » confie le docteur Philippe Olivier, même si le contexte actuel pose le problème de manière plus vive.
« On ferme des lits en chirurgie, cela peut se justifier car les gens n’aiment pas être opérés en en période estivale. En revanche, en médecine, les gens sont autant malades en été que toute l’année. Pour la semaine du 26 juillet au 1er août, 81 lits sont fermés soit 11% sur un total de 704 lits en court séjour » explique-t-il. Bien sûr, cela pose d’énormes problèmes pour le service des urgences. « On attend qu’un malade sorte et les patients attendent de longues heures pour que nous puissions les placer. Par chance, l’établissement est tempéré ce qui est relativement plus confortable » note le chef de pôle. Les fermetures ont commencé depuis le 5 juillet et s’étaleront sur douze semaines jusqu’au mois de septembre. « Les perturbations à l’hôpital d’Avignon sont importantes pour les services entre le 19 juillet et le 28 août » précise le médecin urgentiste.


Les fermetures de lits en médecine sont une véritable plaie


Les files d’attentes s’allongent ainsi aux urgences du centre hospitalier. Deux types d’attentes coexistent. « Celles qui ne sont pas programmées, ce qui est légitime. L’effet festival est marginal : néanmoins, le touriste lambda ne connaît que les urgences, et ne fera pas appel aux médecins de ville. Heureusement, cependant, il y a la maison médicale depuis quatre ans.
Il ne constitue pas le gros des troupes. Le gros des troupes reste les Vauclusiens : lundi par exemple, trois cas d’accident vasculaire cérébral, deux tentatives de suicide, trois accidents de la circulation. A la marge, il y a plus de sans domiciles fixes qui souvent relèvent de la psychiatrie ou de la toxicomanie. Les fermetures de lits en médecine sont une véritable plaie » raconte le docteur Olivier. « Le deuxième type d’attentes sont les gens qui ont besoin d’être hospitalisés. Avec des arrivées entre 8h et 18h, ils doivent attendre plusieurs heures pour qu’une place se libère. Pendant ce temps, ils stagnent dans les couloirs des urgences. Cela accroît la charge de travail des personnels parce que comme tous, ils veulent manger, être soigné. De plus, un malade n’est jamais seul, il y a souvent au moins un membre de la famille. Cette population à l’intérieur des urgences demande une attention continue qui s’ajoute au passage normal. »


Manque de médecins et d’infirmières


Concernant les effectifs, l’hôpital Henri Duffaut, qui fait très peu appel à des médecins étrangers, est confronté d’énormes difficultés de recrutement. Les postes restent vacants. « Dans certains spécialités suite au départ à la retraite, les postes de médecins sont en souffrance. On cherche des pneumologues et on n’en trouve pas » affirme le praticien. L’époque où le médecin hospitalier effectuait 80 heures par semaine est heureusement souvent révolue, de nos jours ils réalisent « seulement » 50 heures hebdomadaires. « Mécaniquement, il faut plus de médecins. D’autant qu’avec la féminisation de la profession, les consœurs ne peuvent pas être à 80heures au boulot. Elles font 50 heures, et c’est déjà beaucoup » commente-t-il.
Le départ à la retraite de la génération du baby boom n’arrangera pas les choses. « Avignon sera touché mais pas plus que les autres hôpitaux. En revanche, il n’est pas certains que tous les postes puissent être remplacés » annonce Philippe Olivier, qui quittera, à 64 ans, ses fonctions l’an prochain.
Pour le personnel paramédical, c’est « dramatique » surtout pour les infirmières. « Habituellement, il y a beaucoup de mouvement dans cette catégorie, mais aujourd’hui le phénomène s’accentue avec la dégradation des conditions de travail avec du personnel soignant débordé et l’évolution technologique » indique le docteur Olivier. « On passe trop de temps sur l’ordinateur au lieu de le passer avec le malade. Les contraintes dites de qualité, d’une certaine façon, pénalise l’essence du métier. Ce n’est pas bon pour la qualité, la confiance et les discussions avec le malade. Remettre une fiche sur les risques aux patients ne suffit pas : il faut prendre du temps pour lui expliquer. »

Entretien
Mathieu Gentile

 

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Tag(s) : #Santé
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