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Article paru le 12 juin 2010 dans l’Humanité des débats

65 ans après, la mémoire oubliée des déportés pour homosexualité

Par Philippe Couillet et Jean-Luc Schwab, président et secrétaire des oublié(e)s de la mémoire (1)


Comment rompre le silence sur le triangle rose ?

Les oublié(e)s de la mémoire – association civile homosexuelle du devoir de mémoire – a pour vocation de porter la mémoire de la déportation pour motif d’homosexualité et bénéficie de la reconnaissance du secrétariat d’État aux anciens combattants, ainsi que de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre. Fondée en 2003, structurée en délégations régionales, elle œuvre sur tout le territoire pour la reconnaissance et une meilleure connaissance de cette déportation.

Concrètement, cela passe par la solidarité de mémoire avec les institutions et associations qui gardent vivante la mémoire de la déportation et une présence lors des hommages rendus aux déportés. L’étude historique et la pédagogie sont un autre élément clé de sa démarche associative. Les oublié(e)s de la mémoire soutiennent les recherches entreprises par la Fondation pour la mémoire de la déportation (FMD) concernant les Français déportés pour homosexualité et offre à ses membres l’accès aux séminaires tenus par cette institution. Tout en facilitant la création audiovisuelle et littéraire, l’association met aussi à la disposition des collectivités intéressées une exposition itinérante.

Parce que le travail de reconnaissance passe aussi par la visibilité publique permanente, Les oublié(e)s de la mémoire ont été maîtres d’œuvre de projets pour graver cette mémoire dans la pierre. À l’origine d’une rue portant le nom de Pierre Seel, à Toulouse (2008), plus récemment d’une plaque lui rendant hommage, ainsi qu’à d’autres déportés pour homosexualité à Mulhouse, elle espère également faire apposer une plaque honorant les homosexuels victimes de la barbarie nazie dans une nécropole nationale. 2010 est donc une année clé pour ce travail de reconnaissance de la déportation des homosexuels en France.

Soixante-cinq ans après la victoire sur la barbarie nazie, cette déportation reste assez méconnue. Certes, rapportés aux chiffres des déportés par mesure de répression (politiques, résistants, asociaux, etc.) et à ceux, encore plus importants, de la persécution génocidaire (Juifs, Roms et Sinti), les déportés pour homosexualité représentent moins de 1 % du total. Ils furent 10 000 à 15 000 environ, capturés à l’intérieur des frontières du Reich, mais aussi dans d’autres pays conquis. Leur déportation, motivée pour les nazis par le danger posé à la perpétuation de la race, n’en fut pas moins délibérée. Ils furent une catégorie à part entière du système concentrationnaire qui les affubla dans les camps d’un signe distinctif  : le triangle rose.

Très peu de survivants déportés ou poursuivis pour ce motif acceptèrent de parler à visage découvert. En France, on ne connaissait que le témoignage de Pierre Seel (1923-2005). La surprise fut donc grande lorsqu’en 2008, à près de quatre-vingt-quinze ans, Rudolf Brazda est sorti de son anonymat pour révéler son incarcération puis sa déportation pour homosexualité (2).

Pour Rudolf, né en 1913 de parents immigrés en Allemagne, les ennuis avec le régime nazi commencent en 1937, après une première condamnation au titre du « paragraphe 175 ». Sa peine de prison lui valut ensuite l’exil vers la province des Sudètes, terre de ses parents. Arrêté et de nouveau condamné quelques années après l’annexion de la région par le Reich, il est ensuite envoyé au camp de concentration de Buchenwald, où il passera trente-deux mois, jusqu’en avril 1945. Son emploi de couvreur lui permet de mieux survivre au camp et ses sympathies communistes le rapprochent d’individus du même bord politique, au parcours remarquable. Il y eut notamment son kapo, Gustav, militant incarcéré sept ans pour ses activités politiques, avant de passer sept autres années à Buchenwald. Il y eut aussi Fernand, un Alsacien, ancien des Brigades internationales, que Rudolf décidera de suivre à Mulhouse à leur libération.

(1) Tél. : 06 18 84 00 33  ; devoiretmemoire@yahoo.fr  ; 
www.devoiretmemoire.org (2) Rudolf Brazda. Itinéraire d’un triangle rose. 
Éditions Florent Massot.

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Tag(s) : #Histoire
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