Reportage de notre envoyé spécial.
Malgré la tentative de diversion mise en place par un Premier ministre, George Papandreou, à bout de souffle, et remaniant son gouvernement pour prendre un nouvel élan, les citoyens grecs restent dans la rue. Car ils le savent, ce nouvel élan garde un même objectif : l’austérité. Des personnalités se joignent désormais aux Indignés. Le premier résistant grec, Manolis Glezos, ou encore Ariane Mnouchkine et la Troupe du Théâtre du Soleil. Bref aperçu de deux journées où la mobilisation reste entière à Athènes, et les débats riches.
Chaque jour apporte son flot de surprises sur la place Syntagma. Y compris pour le gouvernement. Il voulait envoyer un « je vous ai compris » aux citoyens qui, tous les soirs, se réunissent sur la place en annonçant un remaniement. Ils ont bien compris : grosso modo, on prend les mêmes et on recommence. L’austérité toujours, donc. Surprise pour le gouvernement car le 17 juin au soir, ils étaient encore plus nombreux que la veille à participer à l’assemblée populaire. Différentes personnalités grecques avaient d’ailleurs été conviées à prendre la parole, dont le premier résistant Manolis Glezos qui détacha le drapeau nazi flottant sur l’Acropole.
« Dans la démocratie directe, les pouvoir prennent leur source du peuple, ils appartiennent au peuple et sont exercés
par le peuple. Ainsi le citoyen n’est pas hors de la Cité et participe à la vie politique. C’est ce que vous faites ici. Une nouvelle Grèce est en train de naître, celle de la
[2]démocratie directe » a déclaré cette figure mythique de la Grèce contemporaine. Jusqu’à minuit, une foule dense a débattu, écoutant les
arguments des uns et des autres, applaudissant parfois. Et pour signifier une nouvelle prise de parole, comme toujours, un numéro était appelé après avoir été tiré au sort. Aucun
privilège, donc, loin des pratiques gouvernementales. En effet, entre clientélisme et affairisme, nombreux sont les ministres de ce gouvernement socialiste, comme ceux du gouvernement de
Nouvelle Démocratie (droite) qui a présidé jusqu’en 2009 aux destinées du pays, à être accusés par les Indignés ici rassemblés, ou ceux qui scandent des « ouste » et des
« dégage » devant le parlement. Le ras-le-bol persiste, la « réponse » en trompe-l’œil pourrait lui avoir donné une nouvelle impulsion.
Après minuit, les débats se poursuivent, en petit groupe. La nuit peu à peu vide la place de ses habitants athéniens, des banlieues.
Soudain, des tambours battants, des banderoles. 18 juin au matin : sacrée coïncidence… La troupe du Théâtre du Soleil, dirigée par Ariane Mnouchkine, fait son apparition sur la place de la Constitution. Invitée dans le cadre du festival d’Athènes, la troupe a tenu à montrer son soutien au peuple grec (voir entretien [3]).
Autour d’elle se rassemble des jeunes, des retraités, des chômeurs, des enseignants… Bref, un panel représentant la foule qui, tous les soirs, assiège Syntagma. Les comédiens échangent avec les curieux. Ils disent leur soutien. Au fond de la place, la banderole est toujours là : « Et vous, combien de temps allez-vous dormir ? » Le théâtre du Soleil est venu soutenir ces Indignés qui se sont réveillés.
- A lire aussi :
--> Grèce: les Indignés raniment la démocratie (reportage) [5]
--> Une nuit avec les indignés d'Athènes [6] (photos)
--> "Pour une démocratie réelle", paroles d'Indignés grecs [7]
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