Traques, mensonges et cabinets noirs
Le mensonge est devenu en Sarkozye une méthode de gouvernement. Pendant plus d’une journée, les pontes du parti présidentiel et les ministres ont passé leur temps à nier l’existence d’une circulaire ciblant les Roms comme une partie de la population à rechercher, à traquer et à expulser. Face à la pression des associations et des forces de gauche, des autorités religieuses et du Parlement européen, ils se sont mis à la défendre. Puis, quelques heures plus tard, à expliquer qu’il s’agissait d’une simple erreur de frappe d’un rédacteur étourdi. Quelle indécence ! Quel irrespect !
M. Xavier Bertrand a défendu cette circulaire en disant qu’elle était conforme à la politique du gouvernement. C’est la vérité ! Le ministre de la police, M. Hortefeux, donnait, il y a quelques semaines, les chiffres d’expulsion selon des critères ethniques. Tout ceci a été décidé lors de la réunion à l’Élysée, le 28 juillet dernier. Le pouvoir a dû capituler en rase campagne et modifier sa circulaire. Elle n’est pas devenue plus humaniste pour autant. Honteux ! La Commission européenne vient de déclencher une procédure d’infraction en justice contre le pays des droits de l’homme parce qu’il les piétine. Décidément, il flotte un âcre parfum de racisme et de xénophobie sous les lambris dorés de nos palais nationaux.
Nous avons assisté tout l’été aux mensonges à répétition, au fur et à mesure que se détricotait ce que l’on appelle pudiquement «l’affaire Woerth-Bettencourt», qui a mis à nu le grand scandale de la Sarkozye. Un marqueur emblématique du régime : la connivence, la collusion entre les grandes fortunes, le pouvoir et le financement du parti présidentiel.
Mais voilà qu’en violation totale de la loi sur la liberté de la presse, précisée le 4 janvier dernier pour devenir conforme à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, on découvre qu’un cabinet noir au service de Sa Majesté élyséenne a procédé à des écoutes téléphoniques de nos confrères du journal le Monde. Il ne faut pas laisser passer ça. C’est aussi tout à fait contraire à l’intérêt public, qui voudrait que la clarté soit faite sur ces «affaires». Or, au lieu de nommer un magistrat indépendant du ministère de la Justice, donc un juge d’instruction chargé d’enquêter en toute indépendance, ce sont les services secrets qui ont été chargés de traquer d’éventuelles fuites, ceux qui sont soupçonnés de les organiser et ceux qui les publient. Tout cela, paraît-il, au nom de l’intérêt supérieur de l’État ! En fait, il ne s’agit que d’une raison d’État, commandée par l’intérêt supérieur des puissants, des ministres et du président de la République lui-même. Nous en sommes au point où cette affaire révèle une multiplicité de scandales d’État, défigurant notre France au point de la faire ressembler aux affreuses mœurs d’une république bananière.
Mensonges encore sur les retraites ! Sur ordre du président de la République et de son premier ministre, les députés de droite ont procédé à un coup de force en reculant l’âge ouvrant droit à la retraite, au mépris de leurs engagements. Rappelons-nous qu’il déclarait en mai 2008, au micro de nos confrères de RTL, qu’il ne remettrait pas en cause le droit à la retraite à soixante ans «pour un certain nombre de raisons, et la première est que je n’en ai pas parlé pendant ma campagne présidentielle, ce n’est pas un engagement que j’ai pris devant les Français, je n’ai donc pas mandat pour faire cela». Ah bon ? De l’air ! Tout ceci est d’une extrême gravité. Il est temps d’en finir avec les traques, les mensonges et les cabinets noirs.
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