Article paru le 15 mai 2010 dans l'Humanité
Fillon aux avant-postes contre les retraites

Après avoir annoncé le gel des dépenses de l’État, confirmé la réduction des effectifs de la fonction publique et des coupes dans les allocations pour les handicapés, l’aide au logement et le RSA, François Fillon se prépare à souffler, lundi, les trois bougies de son anniversaire de premier ministre.
C’est en effet le 17 mai 2007 que le député UMP de la Sarthe, ancien proche de Philippe Seguin avec lequel il avait, en d’autres temps, fait campagne pour le « non » à Maastricht, faisait une entrée discrète à l’hôtel de Matignon. Il inaugurait le rôle d’un premier ministre d’un type nouveau, celui de simple « collaborateur » du président, selon le terme employé par ce dernier. Lequel, au passage, s’affranchissait de la Constitution, aux termes de laquelle le premier ministre conduit la politique du gouvernement. La petite histoire retiendra que dès le premier week-end François Fillon perdit, au profit de Nicolas Sarkozy, la jouissance de la Lanterne, la résidence versaillaise allouée au premier ministre. Tout un symbole.
Pendant les deux premières années du quinquennat, François Fillon disparut presque totalement de la scène publique. Nicolas Sarkozy s’est accaparé tous les dossiers. Les principaux conseillers du chef de l’État, notamment Henri Guaino et le secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, furent érigés au rang de « missi dominici » dans les médias. Régulièrement donné partant à plusieurs échéances selon des rumeurs, François Fillon aura bénéficié d’une longévité exceptionnelle. Jusqu’à présent, sauf en période de cohabitation, le premier ministre servait de fusible à la disposition du chef de l’État qui le démettait de ses fonctions lorsque le mécontentement de l’opinion devenait inquiétant. Mais limoger un premier ministre à ce point maintenu dans l’ombre n’eût pas servi jusqu’ici à grand-chose. Le mécontentement s’est focalisé au fil des mois sur le président. Après l’échec de la droite aux élections régionales, François Fillon est réapparu sur le front antisocial, renouant avec l’intransigeance et la dureté dont il avait preuve en 2003, comme ministre dans le précédent conflit sur les retraites. Alors que Nicolas Sarkozy n’a conservé les faveurs que d’un tiers des Français, selon tous les sondages, l’homme discret de Matignon s’apprête à un bras de fer avec les syndicats sur les retraites et la réduction des dépenses sociales. Il avait, dans un discours en 2002, fustigé le Front populaire. Fort du soutien d’une droite désenchantée par Sarkozy, le voici aux avant-postes contre les retraites et les dépenses sociales.
Jean-Paul Piérot
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