Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Centre Pompidou Metz : Très libres

Le Centre Pompidou installé en Lorraine expose plus de 250 artistes majeurs du XXe siècle avec une véritable confrontation des parcours dans une sorte de bric-à-brac de génie et de coq-à-l’âne signifiants.

 

Balades en chefs-d’oeuvres à Metz

Soit donc une sorte de chapeau chinois que l’architecte japonais Shigeru Ban aurait acheté à Paris et qui lui aurait donné l’idée générale du Centre Pompidou de Metz. Habile assembleur de conteneurs et tubes de carton avec son Musée nomade voyageant de New York à l’Europe, inventeur également de maisons en tubes de carton pour aider les sinistrés du tremblement de terre de Kobe, en 1995, c’est en pensant à ce chapeau chinois à l’armature tressée qu’il aurait, il l’affirme du moins, conçu la charpente assez extraordinaire du bâtiment réalisé avec l’architecte français Jean de Gastines. Dix-huit kilomètres de poutres en lamellé-collé, aux courbures élégantes dans les belles couleurs du mélèze, de l’épicéa et du hêtre… Mais arrivant de la gare de Metz, pesante mais étonnante bâtisse de la fin du XIXe siècle, conçue pour accueillir l’empereur Guillaume II avec son salon d’apparat, c’est d’abord les courbes blanches de la toiture que l’on remarque. 8 000 mètres carrés d’une sorte de membrane en fibres de verre et Téflon, translucide et laissant la nuit entrevoir les entrelacs de la charpente. C’est indiscutablement la signature plastique du nouvel établissement et une nouvelle distribution des cartes architecturales dans la belle ville lorraine, où prévalaient jusqu’alors des réalisations héritées de la présence allemande mais aussi de belles maisons Art nouveau.

Dans le très haut et très vaste hall d’entrée, accueil par un bel environnement sonore dû au travail de l’Ircam, manière de rappeler ainsi son lien organique avec le Centre Pompidou. La première exposition se veut une interrogation sur la notion de chefsd’oeuvre, construite du reste autour d’oeuvres majeures et emblématiques du Centre Pompidou. C’est Tristesse du roi, de Matisse, qui accueille, voire qui « cueille » le visiteur s’il n’est pas déjà un brin familier de l’oeuvre. Le grand papier découpé de près de trois mètres sur quatre, réalisé en 1952, avec ses « soucoupes volantes couleur d’or », selon les mots même du peintre, semble toutefois dans cette entrée en léger déficit d’éclairage. Au gré du parcours au rez-de-chaussée, dans un compartimentage qui semble de prime abord labyrinthique, les rencontres se multiplient, semblant relever parfois de l’arbitraire. Quel rapport entre un fort beau portrait dû à Nattier, au XVIIIe, et une copie, excellente au demeurant, du Marat assassiné de David ? Puis c’est évident. Le rapport, c’est la révolution qui révolutionne, aussi, la manière de peindre et l’objet même de la peinture. La définition du chef-d’oeuvre n’est plus la même. Cette partie de l’expo fait référence à la Lorraine. Mais c’est par exemple avec les terribles gravures du lorrain Jacques Callot au XVIIe siècle, exprimant, deux cents ans avant Goya, les horreurs de la guerre et, en l’occurrence, de la guerre de Trente Ans. Elles font face, dans un juste raccourci, à une grande tapisserie reproduisant Guernica. Qu’est-ce qu’un chef-d’oeuvre quand il est aussi un témoignage d’une insupportable violence ? Dans cette partie encore, un hommage avec des oeuvres monumentales à Robert et Sonia Delaunay. Un clin d’oeil aux naïfs, Bombois, Bauchant…

On entre dans la galerie du premier étage en passant comme dans un sas, dans une oeuvre de Giuseppe Penone, Respirare l’ombra, soit des ballots de feuilles mortes entassés, avec sur l’un des pans de ce qui pourrait être aussi un mastaba, des poumons en feuilles dorées. La première impression dans la salle est celle d’un patchwork. Il y a là du Picasso, un bel espace intelligent consacré à Marcel Duchamp avec le célèbre Étant donné mais aussi la roue de bicyclette de 1913, le premier des ready-made, une vidéo où s’exprime Duchamp lui-même. Il y a du César, du Dubuffet, du Ben avec son grand Magasin, habituellement exposé à Paris. Deux oeuvres font si l’on peut dire exploser l’ensemble. La Plage de Martial Raysse, de 1962, revue en 2007. Une vraie installation avec bande de sable, tente, dauphin gonflable, filles en maillot. Une pièce que l’on revoit avec bonheur, dans sa distance ironique, totalement empreinte des années du pop et du nouveau réalisme. Seconde oeuvre « hénaurme » de cet espace, Précious Liquids de Louise Bourgeois, en 1992. Disons une sorte de grand tonneau avec dedans un lit de fer, un grand manteau noir vide, des grosses boules d’on ne sait quoi, des flacons de verre sans usage défini. C’est du pur Louise Bourgeois, surprenant et familier, intime et d’une inquiétante étrangeté… Au même niveau encore, la fameuse maquette de Tatline, la tour pour la Troisième Internationale…

Au-dessus, il y a encore deux galeries Robert Filliou, Boltanski, Annette Messager, encore Picasso, Brancusi, César… Inutile de s’épuiser à trop citer. 250 artistes majeurs du XXe siècle sont exposés dans ces espaces clairs qui tiennent à la fois, si l’on ose dire, du bric-à-brac génial et du coq-à-l’âne signifiant. Citons encore au hasard des salles Aurélie Nemours, Josef Albers, Picabia avec le tableau terrifiant qu’est en pleine Seconde Guerre mondiale Adoration du veau (1941- 1942), Erik Dietman, Simon Hantaï, Miro, Mondrian, Bacon… Autant en rester là. Le Centre Pompidou de Metz convoque ainsi, dans une forme parfois déconcertante tant elle semble échapper à une logique trop évidente, les différentes entrées dans l’oeuvre d’art qu’a inventées le XXe siècle, avec une certaine faiblesse il faut toutefois le reconnaître, du côté des oeuvres tout à fait contemporaines, à l’exception de quelques noms comme Claude Closky, pour une oeuvre…

Pour Alfred Pacquement, le directeur du Centre Pompidou, dans un entretien avec Laurent Le Bon, directeur du Centre Pompidou Metz, « l’histoire de l’art moderne et contemporain nécessite sans cesse des réévaluations, des relectures, de nouvelles confrontations. Ma mission de responsable, c’est d’ouvrir le champ de l’art récent à des domaines différents, et certainement pas de déterminer une fois pour toutes une certaine lecture, une certaine idéologie de l’art contemporain (…). Metz permet ainsi de proposer une autre présentation des collections, plus dynamique, en mouvement, en transformation sans contrainte, sur un mode expérimental et complémentaire ».

Il convient encore de consacrer une longue promenade dans la grande troisième galerie, dans les maquettes des architectures de musées, de 1937 à nos jours. Au rang des manifestations annoncées, la présentation de 32 chefsd’oeuvre de l’histoire du cinéma, des chefs-d’oeuvre de la danse, un colloque international avec l’université de Metz et l’université de Sarrebruck, des concerts avec l’Ircam et des compositeurs réellement contemporains (Yan Maresz, Philippe Manoury, Marco Stroppa, Yann Robin, Brice Pauset, Roque Rivas)… À noter enfin que plusieurs lieux importants sont d’emblée partenaires du centre, dont le très dynamique Frac Lorraine, le musée des Beaux-Arts de Nancy ou le Mudam de Luxembourg.

Maurice ULRICH

 

 

Article paru dans l'Humanité du 13 mai 2010

L’exposition « Chefs-d’oeuvre ? » est présentée jusqu’au 25 octobre.
Catalogue édité par le Centre Pompidou Metz.
570 pages, 49 euros.

ÉLÉMENTS D’ARCHITECTURE

La maîtrise d’oeuvre du Centre Pompidou Metz a été confi ée en décembre 2003 à Shigeru Ban et Jean de Gastines. Depuis 2000, Shigeru Ban et Jean de Gastines travaillent ensemble en France. Il s’agit du quatrième projet commun de ces architectes, après la halle du Toueur (2004) et l’Institut du canal de Bourgogne (2005), à Pouilly-en-Auxois, ainsi qu’un programme de logements sociaux à Mulhouse (2005). Avec sa toiture hexagonale, dont la forme fait écho au plan hexagonal du bâtiment, le Centre Pompidou Metz se présente comme une vaste structure modulaire qui se développe autour d’une fl èche centrale de 77 mètres de haut, un clin d’oeil au Centre Pompidou inauguré en 1977. Le bâtiment se déploie sur 10 700 m2, dont plus de 5 000 m2 dédiés à la présentation des oeuvres.
Publicité
Tag(s) : #CULTURE
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :