Article paru le 12 mai 2010 dans l'Humanité
Carte scolaire : Un collège se bat contre la mauvaise réputation
Rebaptiser son collège pour tordre le cou à la mauvaise réputation ? C’est l’initiative – humoristique – prise par les enseignants et parents d’élèves du collège Vincent-Van-Gogh de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine). Ce soir, sur les coups de 18 h 30, devant la mairie, tout un chacun est invité à participer à une votation citoyenne pour trouver un nouveau patronyme à cet établissement. Zinedine Zidane, Papandréou, Napoléon III… Il y en a pour tous les goûts . « C’est évidemment une action symbolique, précise Philippe Nicolas, représentant des parents d’élèves de la FCPE. Une manière médiatique de dénoncer les effets de l’assouplissement de la carte scolaire. »
Une fonte des effectifs liée à l’image ternie du collège
Selon les prévisions de l’inspection académique, le collège Van-Gogh perdrait 11 élèves à la rentrée prochaine. Ce qui entraînerait la fermeture d’une classe de troisième. « Le seuil pour maintenir cinq classes est de 130 élèves et nous sommes à 127, peste Julien Canaux, professeur d’anglais. L’administration applique aveuglément la règle, sans trop se soucier des conséquences. » L’équipe éducative avait notamment l’habitude d’alléger les effectifs – une vingtaine d’élèves – dans trois des cinq classes de troisième. Ce ne sera plus possible en septembre. « Elles seront toutes les quatre entre 26 et 28 élèves », note Julien Canaux.
Pour les enseignants et parents, mobilisés depuis la mi-mars, cette fonte des effectifs est directement liée à l’image quelque peu ternie du collège. Ouvert en 2006, Vincent-Van-Gogh, situé dans un quartier sans âme, n’était pas bien préparé à l’arrivée de ces nouveaux élèves. « Des cinquièmes ou quatrièmes ont été retirés brutalement de leur ancien établissement et affectés ici, dès la rentrée suivante, avec vue sur un terrain vague et une fourrière, note Philippe Nicolas. Beaucoup ont mal vécu ce changement et il y a eu quelques problèmes de violence. » Il en faut moins pour faire une réputation. Dès l’année suivante, profitant de l’assouplissement de la carte scolaire, plusieurs parents ont usé de dérogations pour mettre leur progéniture dans l’un des deux autres collèges de la ville, voire dans celui, voisin, de Levallois-Perret, quand ce n’est pas dans le privé.
« Ce sont les familles favorisées qui partent en premier, note Julien Canaux. Cela renforce peu à peu la concentration d’élèves en difficulté et la mauvaise réputation. On se retrouve dans une spirale dont il est difficile de sortir. » Philippe Nicolas en veut clairement à l’inspection académique. « Elle devrait nous défendre en refusant les dérogations. Au lieu de ça, elle nous enfonce. »
Laurent Mouloud
http://mouvementavangogh.blogspot.com/
Gloria Gaynor ou Guillotin ?
C’est un fait : enseignants et parents d’élèves de Vincent-Van-Gogh rivalisent d’imagination et d’humour pour trouver un nom de substitution à leur collège. Parmi les propositions, signalons le très musical « collège Gloria Gaynor, parce que We will survive ! » ou encore le radical « collège Joseph-Ignace-Guillotin, car à chaque année sa sanction ». Plus dans l’actualité, nous trouvons également un improbable « collège Dominique Strauss-Kahn, car seul le FMI peut nous sauver », voire un « collège British Petroleum, car nous aussi nous subissons de grosses fuites ».
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