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Politique / Social - Économie - Article paru le 25 janvier 2010 dans l'Humanité


Libres Echanges social-éco

En Italie, les GAP, outil de résistance


Les groupements d’achat populaires, créés en 2008 par le Parti de la refondation communiste italien pour contrer la montée des prix et soutenir les ouvriers en lutte, se développent.

Baisse du pouvoir d’achat, augmentation du chômage, montée du populisme  : depuis 2008, l’Italie traverse une crise économique et sociale sans précédent. Dans un contexte de précarisation généralisée, le Parti de la refondation communiste a pris l’initiative de créer un outil original de résistance à la vie chère : les groupements d’achat populaires (GAP). Créés en juillet 2008, les GAP consistent à aller chercher directement des biens de première nécessité auprès des producteurs et de les « redistribuer » à des prix bien plus bas que ceux du marché. « L’idée est d’arriver à réguler les prix sur les biens de première nécessité, explique Francesco Piobbicchi, responsable national de la campagne, en les faisant sortir du marché financier. » Ce militant dénonce la « distorsion spéculative » qui touche en particulier les denrées de base comme le blé et le riz : « D’un côté, les paysans ne cultivent plus le blé parce qu’il ne rapporte pas assez. De l’autre, le prix du pain atteint des sommets historiques ! »


LA LISTE DES PRODUITS S’EST BIEN ÉLARGIE


Le premier GAP s’est formé à Rome en redistribuant, le samedi matin, dans les quartiers populaires, le pain à 1 euro le kilo. Depuis, en un an et demi, une soixantaine de GAP se sont créés, surtout au centre et au nord du pays (Lombardie, Émilie-Romagne, Toscane), et la liste des produits s’est bien élargie  : riz, pâtes, fromage, huile, légumes… « Nous sommes actuellement en négociation avec une coopérative de pêcheurs en Toscane pour faire en sorte que le poisson frais ne soit plus seulement sur les tables des patrons, explique encore Francesco Piobbicchi, et bientôt, on espère ouvrir les premiers magasins populaires autogérés. »


CERTAINS GROUPEMENTS COMPTENT 3 000 ADHÉRENTS


Certains groupements d’achat comme celui de Lodi en Lombardie atteignent les 3 000 adhérents : ce succès peut être expliqué non seulement par les économies réalisées, mais également par la prise en compte de la qualité du produit. En effet, les GAP vérifient les politiques des producteurs en matière d’environnement et de respect des droits des travailleurs.

« En novembre 2009, Eutelia, une boîte romaine qui emploie plus de 2 000 salariés a connu un important conflit social, raconte Francesco Piobbicchi. On a eu l’idée de créer une caisse de résistance en conciliant les exigences des agriculteurs, des ouvriers et des consommateurs. » C’est ainsi qu’est née la campagne « Orange métallurgique », allusion au film de Stanley KubrickOrange mécanique : une vente d’oranges biologiques et solidaires payées au juste prix aux producteurs de Sicile, en soutien aux ouvriers licenciés. Le GAP achète 2,25 euros le filet de trois kilos. Les adhérents des GAP le payent 5 euros ; les 2,75 euros restants vont aux ouvriers licenciés ou actuellement en lutte contre la délocalisation de leur usine.

Dans un pays où le gouvernement met sur le même plan délocalisations et problèmes migratoires, cette initiative revêt une importance particulière : « Les GAP sont un moyen pour Refondation communiste d’avoir une réelle utilité sociale. Face à la montée de la xénophobie et du populisme, trop souvent liés à la crise, il faut être capable de construire une organisation à dimension populaire », conclut Francesco Piobbicchi.

PAOLO STUPPIA

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Tag(s) : #Economie
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