Photo archives LM
En se mobilisant hier contre la réforme du lycée, les syndicats entendent convaincre sur la nocivité d’une réforme qui risque d’aggraver les inégalités. Ils promettent grèves et
manifestations pour le mois de janvier.
Au lycée Victor-Hugo, on vaccine gratis. Vêtus de blouses blanches et armés de seringues géantes,
les professeurs de ce lycée marseillais, dont 80% d’entre-eux étaient en grève hier, ne veulent surtout pas attraper le virus d’une réforme qui va se traduire par moins d’heures
d’enseignement et un lycée facteur de nouvelles inégalités.
La mobilisation d’hier, à l’appel d’une intersyndicale* de l’éducation a réuni sous les fenêtres de l’inspection académique à Marseille, professeurs et lycéens sous une même
bannière, celle de la défense d’un service public de l’éducation de plus en plus menacé par les réformes. Des réformes qui, une fois gratté le vernis des apparences, cachent une
toute autre réalité.
« Un discours consensuel
»
Car si les organisations syndicales ont déjà pris date pour le mois de janvier, grèves et
manifestations sont annoncées. « L’idée, explique Laurent Tramoni, secrétaire académique du Snes, est de faire grandir la prise de conscience. Le ministre de l’Education a voulu
nous prendre de vitesse. Après les déclarations lénifiantes, il a tenu un discours consensuel. » Une opération de communication rondement menée par le ministre Luc Chatel. Après
que son prédécesseur Xavier Darcos ait cédé à la mobilisation lycéenne, il récidive à sa manière.
« Cette réforme, assure Naïs, élève de seconde générale au lycée Saint-Charles à Marseille, paraît très idyllique. On nous promet deux heures de soutien et le prolongement de la
première, pour soi-disant mieux nous orienter ». Naïs n’y croit pas vraiment. Comment passer d’une filière à l’autre sans avoir suivi les programmes de cette même filière. La
jeune fille du haut de ses 16 ans ne croit plus au Père Noël. Tout ce qu’elle voit c’est que le lycée, au rythme où vont les choses, va devenir de plus en plus inégalitaire.
Et d’ailleurs, elle ne voit pas comment les choses vont pouvoir s’améliorer avec moins de profs. Avec la suppression de la carte scolaire, on s’est vite rendu compte, que les
familles allaient pouvoir faire leur marché dans des établissements qui allaient se livrer concurrence. Thèo, élève de terminale ES et membre de la coordination lycéenne, pense
lui que l’on est en train de précariser les lycéens, tout en sauvegardant une élite. Une bonne réforme pour le futur étudiant, ce serait une réforme qui viserait la réussite du
plus grand nombre.
Trop souvent on dépeint une vision comptable de l’école. Les profs de science économique en ont fait l’amère expérience. Eux-aussi tiennent à rétablir la vérité sur une réforme
qui sous ses apparences ne cache pas autre chose qu’une diminution des heures d’enseignement. « Un horaire réduit de 30% en science éco, assure Gérald Souchet, enseignant à
Miramas, est un leurre. Cette réforme va créer l’illusion d’une amélioration. 60% de l’emploi du temps des élèves de première sera regroupé. Ce qui va se traduire par une
globalisation et la fin de l’appartenance au groupe classe. » Pas très reluisant d’un point de vue pédagogique et en particulier pour les élèves les plus en
difficulté.
Des chefs d’établissement tout
puissants
La réforme, si elle risque de déstabiliser les équipes en place, s’accompagne aussi d’un autre
projet, plus pernicieux et que l’actuel débat sur la suppression de l’histoire-géo en classe de terminale S a délibérément occulté.
La réforme vise l’autonomie des élèves et au sens plus large l’autonomie des établissements. Comme pour les universités, le pouvoir de décision sera concentré entre les mains du
chef d’établissement. A la tête d’un conseil pédagogique, constitué principalement d’enseignants (et non plus comme dans les conseils d’administration de représentants de
parents et d’élèves), les chefs d’établissement vont pouvoir notamment décider de ce qu’il adviendra des deux heures d’accompagnement personnalisé.
Concurrence et
ghettoïsation
« Ce que l’on craint, développe Emilie, professeur d’italien à Marseille, c’est que collèges et
lycées sortent de leur cadre national. Les chefs d’établissement pourront disposer d’un volume horaire, pour se consacrer à un projet pédagogique et laisser de côté le travail
en groupe. Il n’y aura pas la même offre de formation. Ce qui risque de créer la concurrence au sein des équipes et des disciplines, alors que l’on doit la même offre de
formation à tous les élèves ». La réforme pour cette enseignante permet de faire des économies, mais risque de déstabiliser le système éducatif.
Déjà avec les effets de la carte scolaire, on craint l’émergence de nouveaux ghettos. Selon que votre enfant sera scolarisé dans un lycée prestigieux du centre ville, comme le
lycée Thiers à Marseille, ou un lycée de zone d’éducation prioritaire, d’une ville moyenne des Alpes ou du Vaucluse, le baccalauréat n’aura certainement plus la même valeur.
L’autonomie est à ce prix.
* Snes, Snep, Snalc, Sud Education, CGT, FO, SNCL FAEN. La Fidl
et la Coordination lycéenne.
Reportage
Catherine Walgenwitz
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