Cette année, le bac demeure comparable aux précédents malgré les menaces qui pèsent sur son caractère national et anonyme. Photo RA
La baccalauréat est le grand oublié de la réforme du lycée qui s’applique en septembre à
partir de la classe de seconde mais cette réforme pourrait être le marchepied pour d’autres projets qui impacteront l’examen.
Les
épreuves du baccalauréat débutent demain jeudi avec la philosophie. Dans l’Académie d’Aix-Marseille, toutes séries et bacs confondus (général, technologique et
professionnel) ce sont 27 796 candidats qui vont rédiger 205 414 copies, à partir de 400 sujets. Ce qui mobilisera jusqu’au début du mois de juillet un bon millier de
professeurs. Il n’y a pas vraiment de nouveautés pour cette session. Si ce n’est que cette année, on mesurera sur pièces les effets de la réforme du bac professionnel.
Le passage de quatre à trois années d’études pour les 5 992 candidats. Un effectif poids plume par rapport aux 14 000 élèves de terminale des filières générales.
Le baccalauréat général demeure comparable aux précédents. Epargné par la réforme du lycée qui s’appliquera à la rentrée de septembre à la classe de seconde. Une réforme
mise en chantier, sans que ne soit évoqué le bout du bout du cursus d’un élève, dans le but d’éviter une levée de bouclier des familles. « On ne peut pas séparer la
réflexion de ce que sera l’examen des contenus », annonce Caroline Chevet, professeur de philosophie au lycée Saint-Exupéry de Marseille et syndiquée au Snes. Le
principal syndicat de l’enseignement du second degré avait engagé une réflexion sur une réforme du lycée, très attendue par la profession, mais qui reste tout de même
très prudente, dans un contexte drastique de suppressions de postes.
Au moment où, comme tout bon marronnier, la question de la valeur du bac revient dans l’actualité, la réforme de la seconde pourrait servir de
marchepied à d’autres projets : comme le contrôle continu, l’autonomie des établissements. Le baccalauréat pourrait alors ne plus avoir la même valeur, selon que les
élèves le passeraient dans un lycée prestigieux d’Aix-en-Provence ou dans une zone rurale. La réforme de la seconde prévoit l’introduction de deux heures d’aide
personnalisée. Ces heures seront prises sur le compte de matières d’enseignement général. Le contenu de cette aide sera étroitement lié au projet pédagogique du chef
d’établissement. Présentée comme la grande nouveauté de cette rentrée, elle a tout pour séduire les parents, mais elle va introduire pour la première fois une différence
de traitement, selon que l’on sera dans un lycée de catégorie sociale plus (CSP +) ou pas. « La logique des réformes va de toute façon percuter le diplôme. Le contrôle
continu a ses défenseurs, persuadés qu’il permet d’éviter aux élèves « la catastrophe » le jour des épreuves ».
Malgré de nombreuses tentatives de dévalorisation, le bac reste une valeur refuge. Le fameux sésame avait commencé par être
attaqué après la loi d’orientation de 1989, où promesse avait été faite de mener 80% d’une classe d’âge au bac. Un des points d’appui aura été la démocratisation de
l’accès aux études. Un projet porté à bout de bras par la profession même si, reconnaît Caroline Chevet, « on ne lui a pas donné vraiment les moyens ». La réalité
d’aujourd’hui est bien éloignée des promesses d’antan. Aujourd’hui, seuls 64% des élèves décrochent le bac. Un lycéen sur trois n’y parviendra même pas. Quand on dit que
le bac est donné à tout le monde, on est bien loin de la réalité. Aujourd’hui, l’objectif du gouvernement est de conduire seulement 50% d’une classe d’âge au niveau de
la licence.
Malgré les menaces qui pèsent sur lui, le bac continue de s’accrocher tant bien que mal. La réforme de la classe de seconde, l’autonomie des
établissements vont toucher au fond. Le risque c’est que l’on s’adapte au local, sans chercher à résoudre les inégalités. « Le risque ce serait de donner moins aux plus
faibles ». Les élèves « défavorisés » tireront peu de bénéfice de l’aide personnalisée. On sait que l’environnement joue pour beaucoup dans la réussite des élèves. Une
récente étude du Cereq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) montre que pour se projeter dans les études longues ou dans les filières sélectives, la
réussite scolaire est nécessaire, mais pas toujours suffisante. « Selon leur genre ou leur origine sociale, des élèves ayant les mêmes résultats scolaires n’affichent
pas les mêmes préférences. A ces facteurs individuels s’ajoutent des effets de contexte, les aspirations des lycéens sont sensibles au type de lycée dans lequel ils
préparent le bac », indique la note du Cereq.
L’influence joue dans les parcours d’orientation de l’élève. La composition du lycée n’est pas neutre. 30% des lycéens favorisés s’orienteront en
classe préparatoire. Le chiffre grimpe à 80% lorsque le lycée héberge une classe prépa. Il y a une sorte d’émulation, d’effet de groupe capable de renforcer l’effet
ghetto de certains établissements.
Analyse
Catherine Walgenwitz
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