Chatel invente l’étiquetage des élèves de maternelle
Humanité Quotidien
13 Octobre, 2011
Le ministère de l’Éducation nationale a proposé hier à ses inspecteurs un projet d’évaluation des élèves en fin d’école maternelle afin de repérer
les cas « à risque » et à « haut risque ». Tollé chez les enseignants et les parents d’élèves.
Apparemment, le funeste rapport du député UMP Jacques-Alain Bénisti [1], qui proposait de repérer les comportements « à risque » dès la crèche, a fait des émules du côté du ministère de l’Éducation nationale. Selon des révélations
du site lemonde.fr, la rue de Grenelle travaillerait à la mise en place d’une évaluation très tendancieuse de tous les élèves de grande section de maternelle. Une idée qui a
soulevé l’indignation des syndicats enseignants et des parents d’élèves.
Classés en trois catégories, dès l’âge de cinq ans !
Ce projet, dévoilé hier aux inspecteurs de l’éducation nationale, se présenterait sous la forme d’un livret, appelé « Aide à l’évaluation des acquis en fin
d’école maternelle », et se déroulerait en trois phases. Première : le « repérage ». Entre novembre et décembre, les professeurs seraient chargés de passer au crible le comportement à
l’école (« respecte les autres », « contrôle tes émotions »…), le langage, la motricité et la « conscience phonologique » des élèves, âgés, rappelons-le, d’environ cinq ans. À l’issue de
ce processus, ils seront classés en trois catégories : « RAS (rien à signaler) », « à risque », ou « à haut risque ». Deuxième phase : les élèves des deux dernières catégories auront
droit à des « séances d’entraînement » quotidiennes. Enfin, troisième phase : le bilan. Passé entre mai et juin, il permettrait de faire le point sur les acquis des élèves par des
« séries d’épreuves collectives ou en petits groupes – d’une durée d’environ trente minutes par série ».
Les parents de la FCPE [2] ont failli s’étrangler en découvrant ce projet qui, bien entendu, n’a fait l’objet d’aucune concertation. « Il ne
s’agit ni plus ni moins que d’un dispositif de normalisation des enfants dès cinq ans ! a dénoncé hier la fédération dans un communiqué. Plutôt que de privilégier la pédagogie et des
effectifs raisonnables en classe, on colle une étiquette extrêmement anxiogène sur des enfants qui peuvent, un jour donné, être fatigués ou malades, récalcitrants, impressionnés et ne pas
réussir les “épreuves” imposées. »
La FCPE parle de « projet honteux ». Certains tests ressemblent fort à ceux réalisés en CP par les médecins scolaires – de manière confidentielle –
pour établir le bilan de santé. Ce que ne nie pas le ministère puisque son protocole prévoit, noir sur blanc, d’« articuler le bilan de santé et l’évaluation des acquis »… Les enseignants
pourront ainsi passer de la blouse noire à la blouse blanche !
Pour le Snuipp-FSU, principal syndicat du premier degré, ce dispositif est « inacceptable ». « En maternelle, il n’existe pas d’élève à risque. Les
différences de maturité et de développement ne peuvent pas être regardées sous le seul prisme de la difficulté scolaire et encore moins de celui des troubles du comportement. Les
apprentissages se construisent progressivement. La maternelle n’est pas une école de la compétition et du tri. » Pour le Sgen-CFDT, ce projet est « à la fois absurde, contre-productif, et
pour tout dire, un peu effrayant. Le ministère enferme tous les petits Français de cinq-six ans dans des catégories dont tous les adultes de bon sens savent qu’elles ne peuvent avoir que
des effets ravageurs sur la motivation et la capacité de grandir et d’apprendre ».
Cette politique d’étiquetage risque de ne pas se limiter aux seuls élèves. « Le taux de réussite » de chacun devrait être diffusé pour lui permettre « de se
situer par rapport à une valeur nationale ». Et d’élaborer un palmarès des meilleures maternelles ?
-
A lire :
Graine de délinquant chez les bébés, le
retour [3]
Pierre Delion : « Il y a confusion entre prévention et prédiction... » [4]
Quand Nicolas Sarkozy s'occupe de prévention [5]
Psychopathia criminalis versus Sarkozy ? [6]
Pierre Delion : « Il y a confusion entre prévention et prédiction... » [4]
Quand Nicolas Sarkozy s'occupe de prévention [5]
Psychopathia criminalis versus Sarkozy ? [6]
Une vieille tentation à droite. Repérer les « déviances » dès le plus jeune âge ? La tentation resurgit régulièrement à droite. Ce fut le
cas en 2005 avec
le rapport controversé de l’Inserm [7] suggérant une détection
précoce des « troubles du comportement » dès trois ans pour « prévenir la délinquance ». Une idée défendue ensuite par le député UMP Jacques-Alain Bénisti, le ministre de l’Intérieur
Nicolas Sarkozy,
le porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre ou encore, en 2010,
le secrétaire d’État à la Justice Jean-Marie Bockel. Une offensive qui a donné lieu à la création du
collectif Pas de zéro de conduite [8].
Laurent Mouloud
URL source: http://www.humanite.fr/societe/chatel-invente-l%E2%80%99etiquetage-des-eleves-de-maternelle-481487
Publicité
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)