Double peine pour les profs du lycée Adolphe-Chérioux !
Pendant quinze jours, ces enseignants de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) ont exercé leur droit de retrait afin d’alerter et de remédier aux problèmes de sécurité dans leur établissement. Réponse du ministère : des journées de salaire en moins…
« On le redoutait, mais de le voir, cela nous a sciés ! » Les enseignants du lycée Adolphe-Chérioux de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) ne décolèrent pas. Mercredi matin, alors
qu’ils reprenaient le chemin des cours après quatorze jours de bras de fer avec Luc Chatel, la plupart d’entre eux ont trouvé dans leur casier un petit mot du proviseur : « Je vous
informe que les états relatifs à vos absences pour service non fait ont été transmis aux services du rectorat pour retrait de salaires. » Un comble !
Au lendemain de l’agression à l’arme blanche, le 2 février, d’un lycéen à la suite d’une intrusion dans
l’établissement, les professeurs d’Adolphe-Chérioux avaient fait valoir leur droit de retrait au motif que leur sécurité, ainsi que celle de leurs élèves, n’était plus assurée, notamment en
raison du manque criant d’assistants d’éducation (11 pour 1 500 élèves). Une décision incontestable au vu des textes réglementaires.
On jette de l’huile sur le feu
Le décret du 9 mai 1995 relatif à l’hygiène et à la sécurité au travail est, en effet, très clair : un agent peut se retirer s’il a « un motif raisonnable de penser que sa situation
de travail présente un danger grave et imminent pour sa vie ou pour sa santé, ou s’il constate une défectuosité dans les systèmes de protection ». Dans ce cas, le décret précise bien
qu’« aucune sanction ou retenue de salaire ne peut être prise à l’encontre » du ou des agents.
Un droit sur lequel s’assoit le ministre de l’Éducation nationale. Estimant sans doute injustifiée la réaction des professeurs de Chérioux, Luc Chatel avait prévenu rapidement que le droit de retrait ne serait valable que pour les deux premiers jours du mouvement, les 3 et 4 février, et que le reste (une douzaine de jours) serait considéré comme des journées de grève et, à ce titre, non payé.
Une analyse que conteste Catherine Gourbier, chargée des questions juridiques à la FSU. « Ce raisonnement est nul juridiquement, car un droit de retrait, ça ne se démembre pas, sauf si un élément matériel nouveau fait cesser le danger. Il n’y a donc pas de raison de faire cesser le droit de retrait au bout de quarante-huit heures. » Pour elle, le gouvernement commet une véritable faute politique. « Il voudrait jeter de l’huile sur le feu qu’il ne ferait pas autrement. »
Réunis hier midi devant leur établissement, les professeurs d’Adolphe-Chérioux dénoncent un geste de « provocation ». Aucun d’entre eux n’a été prévenu et le flou le plus total règne sur l’ampleur de ces retenues. « On ne sait pas combien de jours sont concernés, note un professeur d’arts appliqués. Est-ce que les week-ends seront compris ? Est-ce que cela s’appliquera sur la paye de février ou plus tard ? On ne sait rien. Encore une fois c’est le mépris. » Sur le fond, personne n’est dupe. « Cette décision est faite, avant tout, pour décourager les autres enseignants qui auraient des velléités d’exercer eux aussi leur droit de retrait, assure Christine Lichtenauer, professeur de français et d’histoire-géo. Le gouvernement veut faire peur, mais il n’a réussi qu’à nous remettre en colère ! » Les enseignants ont d’ores et déjà pris contact avec un avocat spécialiste du droit du travail. Et envisagent, « si besoin était », de porter l’affaire devant le tribunal administratif.
En attendant, ils ont reçu hier le soutien de Pierre Laurent, coordinateur national du PCF. « Ce ne sont pas les enseignants qui méritent une sanction, c’est le gouvernement et sa politique de casse de l’éducation nationale ! » réagit la tête de liste du Front de gauche en Île-de-France.
Laurent Mouloud
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