C’est à Amiens que se tenait mercredi le troisième débat public sur la dépendance. Le nombre de personnes présentes dans la salle, plusieurs centaines (professionnels de santé, usagers, associations de patients, responsables d’établissements ou d’associations de maintien à domicile, élus), suffit à démontrer tout l’enjeu que recouvre la réforme à venir. Comme dans les deux réunions précédentes, le sentiment « de parcours de combattant » ressenti par les familles confrontées à la dépendance a là aussi émergé. A qui s’adresser ? Quel type de prise en charge privilégier ? A cette question, tout le monde est unanime : il faut favoriser le maintien à domicile. Comme l’a souligné Jean-Claude Bury, membre du Conseil économique et social régional de Picardie, « le placement en établissement se fait toujours par défaut ». Mais encore faut-il mettre en place un réseau et « fédérer toutes les équipes qui travaillent sur l’autonomie de la personne », précise Michel Brazier, praticien hospitalier au CHU d’Amiens.
Mais ce qui est principalement ressorti des échanges, c’est avant tout le problème du financement. « Les départements supportent deux-tiers du financement de l’APA. Pour y arriver, cela se fait au dépend d’autres compétences », illustre Jean-Paul Douet, vice-président PS du conseil général de la Somme, en charge de l’autonomie. Sa collègue de la Somme, Isabelle Demaison, dénonce pour sa part, « l’inéquité de traitement d’un département à un autre, selon les richesses du territoires. Certains pourront proposer des prestations complémentaires comme la télé-alarme, car ils bénéficient de plus de ressources. C’est pourquoi il faut réfléchir à une prise en charge nationale et identique. » Comme beaucoup, tous deux sont favorables à un financement national, « car localement, on ne pourra bientôt plus financer ».
Les propositions avancées par le gouvernement - hausse de la CSG, recours sur le patrimoine, deuxième journée de solidarité - sont loin de faire l’unanimité. « On parle de solidarité nationale, mais où elle-t-elle, quand on fait payer les usagers », s’est emporté Maxime Gremets, député communiste de la Somme, qui s’est invité au débat, sans que cela ne surprenne personne, rejoint par un usager : « Attention, il ne faudrait pas trop charger la barque du reste à charge. Entre les forfaits, les franchises, etc… Des gens renoncent aux soins car ils n’arrivent plus à payer. Et le reste à charge quand il faut placer un proche dans un établissement dépasse souvent les 1 000 euros. »
Créer un cinquième risque de la Sécurité sociale ? Maxime Gremetz le propose, mais il n’est pas le seul à le défendre. Thierry d’Amecourt, directeur de l’Uriopss (regroupement d’associations oeuvrant dans le sanitaire et social) Picardie, y est lui aussi favorable. Tout comme il pointe la nécessité de mieux former le personnel. « Aujourd’hui, il est évident qu’on demande une meilleure qualité de prise en charge à domicile. Mais pour cela, il faut former le personnel, donc mieux les payer. Or beaucoup d’associations n’arrivent à équilibrer leurs budgets que grâce à des emplois aidés. Vous trouvez ça normal ? On est dans une injonction paradoxale : si on n’obtient pas de financement supplémentaire, nous n’aurons pas de service à la hauteur du discours que nous portons actuellement ». « Tous les problèmes de dépendance sont secondaires : c’est le fait de la maladie et non de l’âge. J’ai donc du mal à comprendre que les conséquences de la maladie, ne soient pas prises en charge de la même manière », a précisé de son côté Pierre Jouanny, responsable du service de médecine gériatrique du CHU d’Amiens.
« J’entends parler de créer de nouveaux métiers de la dépendance, surenchérit George Fourré, vice-président (DVG) du département de l’Aisne en charge de la solidarité et de l’autonomie. Il faudrait déjà que les postes soient pourvus. Médecins, kinés, infirmière… il y a des déficits partout. »
Financement, formation ont été au cœur du débat, mais aussi la question de la convergence entre dépendance et handicap. Prise au dépourvu, la secrétaire d’Etat à la Cohésion sociale, Marie-Anne Montchamp s’est défendue comme elle le pouvait, reconnaissant qu’il fallait « bouger les lignes ». Mais vu qu’il faut « sérier les problèmes », « le gouvernement s’estf ocalisé sur les personnes âgées dépendantes, car c’est le plus urgent. »
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