Bilan carbone
Par Michel Guilloux
De quoi le sommet de Copenhague sur le climat va-t-il accoucher, à la fin de cette semaine ? « Je suis
toujours optimiste mais prudent.
Je suis prudemment optimiste », avance le secrétaire général de l’ONU, rejoignant par sa réserve toute diplomatique une opinion guère moins désabusée. Pour la seule France, 75 %
des personnes interrogées dans un sondage de l’Ifop paru la semaine dernière ne croyaient pas en un accord viable et à la hauteur des enjeux. La présidente conservatrice danoise de la
conférence va même jusqu’à s’inquiéter du « prix politique à payer d’un échec ». La manifestation des défenseurs du climat en a surpris plus d’un, par son ampleur comme par le
contenu des revendications mises en avant. « Changez le système, pas le climat ! » a-t-on pu lire sur nombre de pancartes, dans toutes les langues. Des peuples privés de
parole ont pris la tête du cortège ; l’Afrique, continent oublié, a donné de la voix. Cette émergence de l’opinion dans le concert a renforcé la position des pays émergents ou
sous-développés dans les débats officiels eux-mêmes. Par contraste, les propositions de plus en plus maigrelettes avancées par l’Union européenne apparaissent pour ce qu’elles sont :
inversement proportionnelles aux effets de tribune médiatique et arc-boutées sur le credo libéral des partisans de l’Europe du traité de Lisbonne.
Avec l’ampleur de la crise économique et les choix effectués par les mêmes, la tentative d’un Nicolas Sarkozy de repeindre en vert le capitalisme, pour imposer encore plus de sacrifices à ses premières victimes, au « Nord » comme au Sud, commence à être prise comme telle. Son numéro de duettiste avec le social-libéral britannique Gordon Brown, lui l’artisan du bouclier fiscal avec le rival des tories pour se poser en grand défenseur de la City, aura-t-il plus convaincu l’opinion que ses précédentes prestations aux différents G20 ? Quand 57 % des Français, dans un nouveau sondage paru aujourd’hui, jugent négativement sa gestion de la crise, on mesure la difficulté de l’hôte de l’Élysée. Gageons que, d’ici à vendredi, il aura d’autres idées du même acabit pour le climat… Mais, oui ou non, pèsera-t-il pour que l’on trouve 2000 milliards d’euros sur vingt ans pour aider les pays les plus touchés ? La moitié de cette somme a été dilapidée par l’Union européenne et les États-Unis pour remettre à flot les marchés financiers en une seule année.
Avec l’irruption de la critique du capitalisme même dans les rues de la capitale danoise, samedi, s’ouvre une brèche pour ceux qui, à tout prix, veulent opposer social et environnemental, ce à quoi, précisément, ne cesse d’oeuvrer le chef de l’État. Lorsqu’on sacrifie EDF et GDF aux appétits financiers, de Suez pour l’un, et pour l’autre, de se voir dans l’obligation d’importer ou d’utiliser de l’énergie d’origine fossile ; lorsqu’on met la SNCF sur les rails de la « concurrence » pour laisser le champ libre aux camions ; lorsqu’on veut étrangler les collectivités territoriales qui, comme dans de nombreuses régions et souvent à l’initiative d’élus communistes, ont mis en place des critères sociaux et environnementaux à l’attribution de leurs fonds publics, ou développé une politique moderne de transport régional de voyageurs… on peut émettre un constat : le bilan carbone de la droite est bien aussi désastreux que sa politique économique et sociale.
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