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International - Article paru le 18 décembre 2009 dans l'Humanité

 

Les pays du Nord surtout riches de promesses

La menace d’un échec plane sur la conférence. Outre sur la question des engagements de réduction de gaz à effet de serre, les négociations butent sur le financement de l’aide à l’adaptation des pays du Sud au réchauffement climatique.


Copenhague, envoyée spéciale
.


Les grands pays industrialisés l’auront retenu comme un cave planque ses flingues au grenier. Précieusement et à l’abri des regards, pour ne le sortir qu’en temps utile. Alors que les 120 chefs d’État et de gouvernement se réunissent ce matin à Copenhague pour décider d’un éventuel accord sur le réchauffement climatique, le montant des aides qui seront accordées – ou pas – aux pays pauvres et en développement est au cœur des transactions finales.

Peu de chiffres étaient concrètement avancés, hier après-midi, tandis que les deux projets de textes – celui portant sur le prolongement du protocole de Kyoto et celui sur la Convention – restaient à finaliser (lire ci-après). Les cartes, toutefois, commençaient à s’abattre.

bien en deçà des besoins estimés

Mercredi, la France, le Japon, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie et la Norvège annonçaient 3,6 milliards de dollars immédiats destinés à lutter contre la déforestation. Plus tard dans la soirée, le Japon rallongeait sa mise de 15 milliards de dollars, étalés sur trois ans. Avant eux, l’Europe avait mis sur la table 10 milliards de dollars (7,22 milliards d’euros).

Des sommes qui restent bien en deçà des besoins estimés pour les pays du Sud – près de 150 milliards de dollars par an. Des offres, surtout, qui ne portent que sur la période d’avant 2 013 (on les nomme des « fast-starts », pour démarrages rapides), quand tout l’enjeu de ce sommet consiste à arrêter des montants au moins jusqu’à 2020. Selon certaines sources, le projet de texte de la Convention réserverait un chapitre aux engagements à long terme. Un signe positif, puisque ce simple fait n’était même pas acquis. Il est à modérer  : aucun chiffre n’y était encore rattaché hier matin, remplacé par un « X » évocateur. Les États-Unis, singulièrement, ont fait pression pour qu’il en soit ainsi, quand ce point reste l’arme ultime des négociations.

Devançant d’une journée Barack Obama, sa vice-présidente, Hillary Clinton, a fait sensation devant la presse. Non pas en avançant un quelconque montant – elle n’en a donné aucun –, mais en faisant valoir que son pays sera prêt à participer à l’effort international, sous condition d’obtenir un accord acceptable – selon son point de vue. « Dans le contexte d’un accord solide par lequel toutes les grandes économies se rangeraient derrière des actions significatives d’atténuation du réchauffement climatique et offriraient une transparence totale de sa mise en œuvre, les États-Unis sont prêts à coopérer avec d’autres pays dans l’objectif de mobiliser ensemble 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 pour faire face aux besoins des pays en développement », a-t-elle déclaré, prenant soin d’afficher un sourire satisfait en écartant les bras, mimant un symbolique « gros comme ça » qui n’a pas manqué de déclencher un crépitement de flashs. La phrase, qui vise singulièrement la Chine, dit tout de la bataille qui opposait hier encore les deux parties. Seul grand pays industriel à ne pas avoir ratifié le protocole de Kyoto, les États-Unis conditionnent leur engagement en termes de réduction des gaz à effet de serre (GES) au fait qu’elle-même s’engage de façon comparable. Ils lui demandent, en outre, de se plier à une revue régulière de ses actions contre le réchauffement par la communauté internationale, quand eux-mêmes s’y refusent. La Chine, de son côté, fait valoir ses nécessités de pays en développement et refuse toute autre contrainte que celles qu’elle s’est elle-même imposées – réduire ses émissions de GES de 40 à 45 % par point de PIB d’ici à 2025. Elle se dit prête, toutefois, à rendre compte de ses actions, mais uniquement de celles entreprises grâce aux aides internationales qui lui seront versées.

L’argent, dans ce débat, pèse très lourd. La semaine dernière, les États-Unis avaient conditionné leur aide aux pays en développement au fait que la Chine n’en bénéficie pas. Alors qu’ils commençaient à avancer des propositions en termes d’aide technologique, celle-ci leur avait fait valoir qu’elle n’avait pas besoin d’eux sur ce point, pas plus que de la Grande-Bretagne.

Une manière de ne pas rompre le dialogue. Une façon, surtout, d’envoyer un signal fort aux autres pays en développement. À commencer par ceux d’Afrique et les petits États insulaires, qui s’inquiètent de la façon dont seront réparties les aides. Lors de séances plénières, ils avaient « instamment » prié les grands pays émergents, que sont le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde et la Chine donc, de leur en céder 70 %, quel que soit le montant. Encore faut-il qu’il y en ait un.

Marie-Noelle Bertrand

Notre dossier Sommet de Copenhague

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Tag(s) : #Environnement
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