Dans le tome II de ses Mémoires, publié le 16 juin, l’ancien président critique sévèrement son successeur. Divergence « sur la vision de la France » mais aussi différence de style.
Chirac se paye Sarkozy avec la pondération de l’homme d’État qui écrit pour l’histoire. Après le tome I, qui retraçait son ascension politique avant 1995, l’ex-président revient avec un deuxième opus acide.
Dans les bonnes feuilles du tome II de ses Mémoires, publiées par le Nouvel Observateur [1], Jacques Chirac éreinte le président en exercice. Jamais dans l’histoire de la Ve République, un ancien président n’avait parlé en des termes aussi sévères de son successeur.
« Nerveux, impétueux, débordant d’ambition, ne doutant de rien et surtout pas de lui-même », fustige Jacques Chirac. Le portrait est planté et à charge. Autant de travers, qui, selon Chirac, défigurent la stature présidentielle.
Sur la ligne politique également, «nous ne sommes pas d’accord sur l’essentiel, écrit l’ancien président, il est atlantiste, je ne le suis pas, il est beaucoup plus libéral que moi sur le plan économique. Il est pour les discriminations positives et j’y suis radicalement opposé». En somme, «nous ne partageons pas la même vision de la France », conclut Chirac.
Une manière de dire que Nicolas Sarkozy s’égare trop à droite. Chirac évoque, d’ailleurs, une confidence de Jean-Louis Debré, ancien président de l’Assemblée nationale, au moment de choisir le premier ministre après la déconvenue des régionales de 2004 : «En voulant séduire l’extrême droite de manière trop évidente, il va vous placer dans une situation délicate», prophétise le fidèle lieutenant de la chiraquie.
Comme en 2005, lors de ses déclarations incendiaires sur les banlieues. « Des prestations médiatiques, des formules définitives ou faussement rassurantes », dont il faut se garder, selon l’ancien chef d’État. Des méthodes pourtant utilisées ad nauseam depuis 2007.
«Nicolas Sarkozy a une qualité indéniable : celle d’avancer toujours à découvert », ironise Chirac, qui assure avoir toujours refusé l’épreuve de force que voulait lui imposer le pensionnaire de la place Beauvau.
Au fond, c’était «un bon ministre», juge Chirac. Autrement dit, il n’était pas fait pour la fonction présidentielle. Lors de sa victoire, Sarkozy n’a pas eu un mot pour son prédécesseur, «touché» au fond de lui-même par ce manque d’attention : «Je sais désormais à quoi m’en tenir.» À l’inverse, Chirac salue la passation de pouvoir avec François Mitterrand : « Il a fait réaménager le bureau tel qu’il était quand de Gaulle a quitté le pouvoir. »
Autre époque, autre style…
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