Article paru le 14 juin 2010 dans l'Humanité
C’est un scandale !
Chatel déroule le tapis rouge aux instituts privés
La brochure de présentation des formations destinées aux futurs enseignants de l’institut Forprof n’y va pas par quatre chemins. « Vous allez réussir le concours de juin 2010 et, dès le 1er septembre 2010, vous allez vous retrouver devant une classe sans avoir été préparé techniquement à faire ce métier. Or, prendre une classe en main sans formation est difficile, voire risqué. » Depuis l’annonce par le ministre de l’Éducation, Luc Chatel, de la « mastérisation » (le nom donné à la réforme qui, entre autres maux, réduit à pire que peau de chagrin la part de stages des futurs professeurs du primaire et du secondaire), les instituts de formation privés ont bien saisi l’aubaine.
En tête de peloton, l’institut Forprof donc, qui s’auto-intitule Institut national de formation des maîtres, et qui propose tout un panel destiné aux futurs profs bientôt livrés à eux-mêmes dans la jungle des cours, dont un « stage de prise en main et de gestion de votre première classe », au mois d’août. Curieusement, l’organisme est moins prompt à communiquer sur le coût de ses formations que sur leur contenu. Moins médiatisés, d’autres instituts n’ont pas tardé à se mettre sur les rangs sitôt la réforme annoncée. Que ce soit pour saisir la brèche de l’impréparation des futurs profs ou celle du nécessaire foutoir que sera l’année de transition dans les instituts de formation des maîtres (IUFM). C’est cette pagaille qui a motivé M. à suivre une formation. En janvier dernier, quand cette ingénieure informatique, en reconversion professionnelle pour devenir professeure des écoles, apprend que les écrits des concours auront lieu en septembre et non en mai à l’issue d’une année de formation en IUFM, elle se tourne vers le rectorat, sans trouver de réponse à ses questions. « Il n’y a que les cours privés qui ont su boucler des programmes en quatre mois », suggère celle qui a souscrit une double formation par correspondance pour se préparer aux écrits (420 euros) et aux oraux (1 000 euros) auprès d’Adonis, la plus sérieuse selon la petite enquête qu’elle a menée sur Internet.
Autre objet d’inquiétude, le stage en situation, qui n’a plus rien d’automatique, encore moins pour elle qui, en tant que salariée et déjà titulaire d’un diplôme de niveau master, n’aura pas le « cadre universitaire ». Elle a déjà ses propres pistes et n’envisage pas de se retrouver face à une classe en tant que professeure sans avoir jamais été mise en situation. « Mais on peut très bien imaginer que ce soit à l’avenir le cas de certains », glisse M., qui trouve cette réforme « inadmissible, sans aucun respect ni pour les profs ni pour les élèves ». Elle signe « toutes les pétitions qu’elle peut », aurait « préféré une formation publique ». Mais a bien dû composer avec la réalité.
Anne Roy
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)