Les salariés, le grand absent du plan Montebourg
Humanité Quotidien
26 Juillet, 2012
Editorial Par Jean-Paul Piérot
Dans l'éditorial de l'Humanité, ce jeudi, Jean-Paul Piérot estime que "le plan préparé par Arnaud Montebourg ne convainc guère d’emblée, quant aux
moyens qu’il mobilise, sur sa capacité à faire face tout à la fois à l’urgence sociale et à l’ampleur du défi du redressement". "Faudrait-il laisser les salariés de PSA seuls face au plan
social et parler de voiture propre ?" se demande-t-il.
On aimerait tant pouvoir souscrire à l’appréciation formulée par Jean-Marc Ayrault, qui voit dans le plan présenté hier à l’Élysée « un acte extrêmement
important qui s’inscrit avec une très grande détermination dans le redressement de la filière automobile », et le premier ministre d’ajouter qu’il faut « faire face aux urgences, celles
des plans sociaux ». À peu près au même moment et non loin de là, près des Champs-Élysées, les salariés de PSA manifestaient leur colère et eux aussi leur grande
détermination à ne point capituler sur le champ
de bataille d’Aulnay, mais aussi de Rennes et des secteurs
de la recherche visés par le plan social le plus grave
qu’ait subi la filière
depuis bien longtemps.
Or, c’est là où le bât blesse, le plan préparé par Arnaud Montebourg ne convainc guère d’emblée, quant aux moyens qu’il mobilise, sur sa capacité à faire
face tout à la fois à l’urgence sociale et à l’ampleur du défi du redressement. Si l’on doit admettre les différences de tempo entre un plan s’inscrivant dans le moyen et le long terme et
la nécessité de stopper immédiatement une hémorragie, ce second point semble tout simplement oublié. Faudrait-il que les 8 000 suppressions d’emplois – derrière les chiffres il y
a des destins d’hommes et de femmes, des familles fragilisées – fussent passées par pertes et profits dans les projets du groupe, et qu’en même temps l’on s’attelle au
développement de la voiture propre et énergiquement économe ? Ce serait véritablement inacceptable. Les salariés du constructeur automobile ne se trompent pas de cible quand ils dénoncent
la famille en or Peugeot et Philippe Varin qui veut les sacrifier pour payer ses propres choix stratégiques. Ils ont marqué un point en obtenant la désignation d’un expert, ce qui leur
donnera un laps de temps supplémentaire pour amplifier leur combat. Mais l’État doit-il se tenir à l’écart du débat qui oppose la direction aux syndicats ? Ce n’est en
tout cas pas l’opinion de Marie-George Buffet, députée PCF/Front de gauche de Seine-Saint-Denis, qui invite la majorité parlementaire de gauche à légiférer sans tarder pour donner des
outils aux représentants des salariés.
En effet, le volet relatif aux droits des salariés apparaît comme le grand absent du plan. Comment faire respecter la « pérennisation des sites » qu’évoque
le dispositif, si les salariés ne peuvent réellement pas avoir droit au chapitre ? À ce propos, l’issue du conflit autour du site d’Aulnay donnera une indication utile sur la
capacité et la volonté du gouvernement à traduire ses engagements en actes. Le mécanisme de soutien, par le système de bonus-malus, à la production de véhicules moins polluants,
hybrides ou électriques n’aura des effets positifs sur la production française qu’à la condition que les constructeurs hexagonaux investissent plus fortement dans la recherche, la
formation et l’emploi, faute
de quoi les primes prévues renforceront les comptes
de Nissan et de Toyota, déjà bien engagés dans
ces nouvelles technologies.
Le plan présenté par Arnaud Montebourg laisse donc des questions ouvertes, auxquelles il faudra bien préciser des réponses de gauche. La droite, qui
avait consenti plusieurs milliards d’aide sans contreparties, réclame aujourd’hui plus de « compétitivité », et à l’instar de Luc Chatel, « plus de souplesse dans le droit du
travail » pour faire baisser les coûts de production (c’est-à-dire
les salaires et l’emploi) mais ne dit mot sur les dividendes. On mesure combien le débat sur le redressement de la
branche de l’automobile ne peut être circonscrit au bonus-malus.
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A retrouver aussi dans l'Humanité de ce jeudi:
Le plan n'empêche pas la sortie de route sociale
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Par Jean-Paul Piérot
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