Atelier PCF à Grenoble, la démocratie face à l'arbitraire !
Grenoble (Isère), envoyé spécial.
Revisitée au travers de son actualité, dans les institutions, sur les lieux de travail ou dans les territoires, la démocratie était au centre des ateliers du projet qui se tenaient ce samedi à
Grenoble. Citoyens, universitaires, représentants du PCF, du PS, du Parti de gauche, des Verts et de la Gauche unitaire ont exposé leurs visions et leurs arguments. Dans cette « zone grise
de la politique » que constitue le sarkozysme, pour le magistrat Serge Portelli, la gauche « se tromperait lourdement » si elle oubliait que la manière actuelle de gouverner ne
tient ni du « hasard, ni même du pragmatisme, mais d’une idéologie très précise ». Au coeur de celle-ci : une conception de « l’homme déterminé par ses tares, ses
gênes », du gène du suicide à celui de la pédophilie, mais en aucun cas par son environnement social : « Tout ce que nous disent depuis plus d’un siècle les sciences sociales
n’existe pas. » Le pilier de cette idéologie, c’est « la peur des autres, bien sûr, mais aussi la peur de soi, de sa propre part d’ombre », explique Serge Portelli. Ainsi tout
devient « simple : il y a ceux qui ont fait le choix du bien et ceux qui ont fait le choix du mal ». Une fois évacuée la question de la complexité sociale, reste à apporter
« des réponses, tout aussi simples et mécaniques ». Car, selon lui, la médiatisation de tel ou tel acte délictueux n’est que « l’occasion saisie par le pouvoir pour légiférer
afin d’appliquer méthodiquement son idéologie ». « La démocratie meurt quand on brûle les livres, mais elle commence à mourir lorsque l’on brûle les mots », prévient celui qui
propose à la gauche, face à la « novlangue sarkozyste », de « reprendre possession des mots, de redresser son discours ». Mais la gauche est également questionnée sur son
rapport aux institutions. « Avant moi, les institutions n’étaient près moi, elles seront mauvaises, mais pendant que j’y suis, elles conviennent », ironise le constitutionnaliste
Dominique Rousseau, faisant référence à François Mitterrand, l’homme du « coup d’État permanent ». Une légèreté pour la gauche à traiter la question institutionnelle qui s’est
poursuivie sous l’ère Jospin avec l’inversion du calendrier électoral en 2002. À la clé, une présidentialisation du régime, et des députés privés de toute autonomie tant leur succès dépend
désormais du résultat de l’élection présidentielle qui précède. En résumé, « la gauche est à l’origine de la pratique privative du pouvoir exercée aujourd’hui par Nicolas Sarkozy ».
Dominique Rousseau, la question institutionnelle est essentielle pour la démocratie. L’évacuer pose le risque d’imposer « une démocratie de d’acclamation » se substituant à de réels
« espaces de délibération ». D’ailleurs, « les institutions sont considérées par Nicolas Sarkozy comme un obstacle à son pouvoir. Au moment où il parle, il voudrait que sa parole
fasse droit », explique le constitutionnaliste. La démocratie a-t-elle pour destin de « s’arrêter aux portes de l’entreprise », aux frontières entre institutions et
citoyens ? Maryse Dumas (CGT) plaide « pour de nouveaux droits permettant aux salariés de dépasser le lien de subordination qui les lie aux employeurs ». En jeu ? La
possibilité donnée aux travailleurs « d’intervenir dans les choix économiques et stratégiques de l’entreprise ». La mondialisation et la financiarisation de l’économie conduisent à
« une dissolution des lieux de pouvoir et de décision ». « Où sont-ils, qui sont-ils les actionnaires ? interroge la responsable de la CGT. Ces réalités nouvelles percutent
le monde syndical autant que politique. » Mais elle se veut très claire : quelle que soit la légitimité de la représentation syndicale, « en aucun cas les accords trouvés au sein
des entreprises ne doivent déroger à la loi ». À ce besoin de « démocratie sociale » s’ajoute la nécessaire « création d’espaces délibératifs au niveau des territoires
» pour faire vivre une véritable « démocratie participative ». Fort de son expérience en Rhône- Alpes, où il a réussi à réunir plus de 400 citoyens vivant dans la précarité
pour débattre de ces situations, le vice-président communiste de la région, François Auguste, travaille, lui, à reconnecter citoyens et institutions. Reste un immense chantier, où la question
démocratique trouve parfois dans la pratique un début de réponse : l’immense succès de la votation citoyenne contre le changement de statut de La Poste n’en fait-il pas la démonstration
?
Frédéric Durand
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